Samedi 15 février 2003, La Paz, Bolivie.
Me revoilà devant un ordinateur. En moins de 24h. Cela fait beaucoup. Mais j'ai eu la géniale idée de vous envoyer une photo de ma belle écharpe jaune achetée au Chili. Oui, oui. C'est exact. Elle est très douce, et protège ma gorge fidèlement des coups de froids. Car ces derniers temps j'ai beaucoup changé de climat, allant d'un extrême à l'autre en peu de temps. Du coup je me paye une super grippe, mais pas d'angine, ni de pulmonie. Je n'ai pas encore trouvé de cache nez ! Et c'est mes sinus qui trinquent. Heureusement j'ai réussi à trouver un médicament phytothérapeutique pour soigner ce rhume que je me traîne depuis deux semaines, parce que celui homéopathique que j'avais est fini.
Accessoirement, il y a ma tête au dessus de l'écharpe sur la photo. Avec un grand sourire de bécasse que m'a fait faire la jeune fille du cyber café, tant nous avons déliré à faire cette photo. Pour trois bolivianos (la location de la webcam).
Vous avez peut être remarqué les traces de lunettes de soleil autour de mes yeux. Il faut dire que sur l'Alti Plano bolivien le soleil tape dur. Entre 3600 et 5000 mètres d'altitudes, forcément on est plus près du soleil. Mais en plus la réverbération sur les 12 000 km² du Salar d'Uyuni, blanc immaculé. En un jour, j'ai pris ce que mes copains Pierre et Emilie, auront pris en une semaine de vacances à la neige dans les Alpes.
Vous avez peut être aussi remarqué que je porte le même tee-shirt que sur la première photo que je vous avait envoyé fin novembre, début décembre. Je rassure les mauvaises langues : je l'ai lavé depuis. Je voyage dans des conditions extrêmes mais tout de même ! La preuve, c'est que si vous comparez la teinte, vous vous apercevrez qu'il a pâlit : d'usure et de lavage.
Vous avez peut être aussi remarqué que mes cheveux ont poussé. Cela ne se voit pas très bien sur la photo, mais ils ont déjà doublé, voir triplé de longueur, en deux mois et demi. Vous avez aussi certainement remarqué ma peau brillante. Et bien non. Je n'ai pas la peau grasse. C'est un effet de la webcam ! Vous avez aussi peut être remarqué que le cyber café où je suis loue des cassettes vidéos (en fond). Ceux qui ont du bon matos et qui auront agrandi chaque pixel de cette photo se seront aperçus dans le reflet de mes yeux que la webcam est de la marque Philips. Et si l'un d'entre vous arrive à me faire une remarque à laquelle je n'ai pas pensé, je le publie...
La Bolivie est vraiment un pays incroyablement différent de tout ce que j'ai vu jusqu'à présent en Amérique du Sud. A La Paz et ailleurs, les gens conduisent au klaxon, et les piétons n'ont aucun droit. Ils se font insulté par les chauffeurs. La plupart des voitures de ça pays sont des taxi, ou des fourgonnettes-taxi, ou des jeep de tourisme. Rares sont les boliviens qui possèdent une voiture. Peut être un peu plus dans les villes qu'à la campagne, mais c'est vraiment une minorité.
Encore plus qu'en Argentine et au Brésil, Coca-Cola a une visibilité énorme ici. Et il n'est pas facile d'acheter des boissons locales qui ne portent pas le sceau "Coca-Cola Company". Coca sponsorise la télé, le sport, les petites boutiques, les cinémas,... c'est une horreur.
Les villes boliviennes sont hyper vivantes : il y a des marchés dans toutes les rues piétonnes, du lever au coucher du soleil, et des vendeurs de "tout-pas-cher", partout. Et pas une seconde de répit. Les rues sont constamment animées, malgré les derniers événements sociaux qui ont provoqué des affrontements policiers/militaires, et des manifestations populaires.
Le truc (et j'en ai déjà peut être parlé), c'est que l'industrie du tourisme ici est du genre agressive. Les agences, les artisans, les vendeurs de souvenirs, les réceptionnistes d'hôtel : le harcèlement est perpétuel. Cela peut se comprendre étant donné la pauvreté du pays. Mais c'est épuisant.
Je suis à court de pellicules noir et blanc depuis le 10 février. L'horreur pour moi. Je fais des photos en couleur. Et elles risquent de ressembler à celles que n'importe qui aurait fait. Mais j'ai noté que ma façon de regarder avait nettement changé en quatre mois de pratique exclusive du noir et blanc. Il y a beaucoup de photos que je ne fais plus.
Hier soir je suis allée au cinéma. Dix bolivianos l'entrée. Pour voir un film yankee. La salle sentait l'insecticide et les sièges étaient à l'ancienne. L'écran et la projection étaient correctes, mais le son catastrophique. Heureusement, il y avait les sous-titres en espagnol pour comprendre. Et vous ne devinerez jamais ce que je suis allée voir... Tiens ! Si on jouait ! Vous allez deviner quel film j'ai bien pu aller voir hier soir à la Paz, capitale de la Bolivie ! Pas de récompense pour celui qui devine. Juste la gloire...
Mais le mieux c'est que la projection était sans pub et sans coupures, et que quand le premier film a été terminé, ils ont enchaîné le suivant sans rallumer la lumière. Je suis donc restée le regarder, après une légère hésitation, car il était alors 21h, et que j'étais vannée. Et là commence un film d'horreur. Apres un film d'action (indice), tout public (autre indice), du genre avec des stars à l'affiche (encore un), et dans une longue tradition de film avec le même héros (et de quatre), drôle  et séduisant (là j'en dit trop...), même si le dernier du genre dénote des précédents me semble-t-il, dans son ton et sa sur-exagération des qualités du héros (il vire presque au anti-héros...). Alors là, si vous ne trouvez pas !
Enfin. Apres ce navet à gros budget, ils ont mis un film d'horreur, produit par Zemeckis (celui de Retour vers le Futur), avec la fille qui jour Carole dans Urgence, Isaiah Washington (un acteur afro-américain qui a beaucoup joué avec Spike Lee), et une paires d'autres acteurs inconnus. Ghost Ship, ça s'appelle, et cela m'a franchement bien fait délirer. La fin est un peu facile, mais j'ai sursauté trois ou quatre fois, et cela m'a bien fait déliré. Bien sur, ce n'est pas du grand art (dans le genre film d'horreur de grand art, je vous conseille Les autres, de mon idole, Alejandro Amenabar, avec Nicole Kidman), mais c'est plutôt bien fait, contrairement aux effets spéciaux du premier film que je suis allée voir ce soir là qui m'ont vachement déçus. Enfin bon.
Aujourd'hui j'ai visité les ruines de Tiwanako, ou Tiwanaku, ou Tihuanaku. Je l'ai vu orthographié de ces trois manières, et je n'ai aucune idée de ce qui est le plus juste. Ce sont des temples, vestiges d'une civilisation qui a vécu entre -1200 et +1500, et qui serait les ancêtres des Incas, bien que nul ne sache vraiment d'où débarquaient les Incas. Le règne de ces derniers a duré moins d'un siècle et en moins d'un siècle leur civilisation a atteint un degré de complexité et de technologie incroyable.
Et lors de cette visite j'ai appris que non seulement les scientifiques avaient remarqué que l'identité génétique des indiens de la Cordillère des Andes étaient très très proche de celle des asiatiques, et particulièrement des mongols et des asiatiques d'extrême Asie (Japon, Chine, Corée), mais qu'en plus il y avait des signes évidents d'échanges commerciaux et culturels entre ces civilisations, pourtant séparées par l'immense Océan Pacifique. Cela expliquerait l'impression que j'ai de croiser des japonais et des coréens dans la rue depuis que je suis en Bolivie. Et pourtant il n'y a pas eu d'immigrations récentes d'une quelconque de ces communautés depuis quelques décennies. Enfin. Les mystères du métissage. Allez y comprendre quelque chose ! N'est-ce pas merveilleux, cette confusion des types ? ¡ Hasta pronto! Siempre ¡ chà !
>>> Photo autoportrait jointe au message.

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