HELP ! SOS ! … j’ai (encore) besoin de vous…
Mercredi 5 février 2003, La Quiaca, Jujuy, Argentina.
J'abandonne. Trois heures à taper je ne sais pas combien de kilos de texte et tout à disparu par le mystère d'une de ces malicieuses et imprévisibles coupures de courants sud-américaine, alors à la deuxième tentative, j'ai travaillé sous Word et sauvé après chaque phrase, et bien vous ne devinerez jamais quoi ? J'ai encore tout perdu, cette fois parce que le système propre à la salle où je suis, détruit tous les documents en cour lors d'une coupure de courant... Un truc de fou !
Le pire c'est qu'écrire ce mail était un vrai travail pour moi. J'ai des tas de choses à raconter depuis dix jours que je ne vous ai pas écrit, mais je n'avais pas vraiment envie d'écrire. Je le faisais plus par devoir que par plaisir. Je vous demande d'ailleurs de m'excuser pour ce long silence, mais il va falloir s'y habituer. Je me découvre. Nerveuse et silencieuse. En effet je me suis habituée à la solitude et au silence, et j'écris plus dans mon carnet de route toutes mes réflexions sous forme de notes, que je n'ai vraiment envie d'écrire des mails. Je me satisfais de mes relations superficielles avec les voyageurs que je croise, et je me déshumanise petit à petit. Ou peut être que c'est ça la vraie humanité.
Aussi j'abandonne. Demain je passe en Bolivie. Je ne sais pas quand j'aurais l'occasion de retoucher un ordinateur. Ou quand j'en aurais envie. Un jour je ferais un email intitulé : tout ce que je ne vous ai pas dit pendant mes longues semaines de silence. J'ai passé un cap décisif dans l'évolution de mon voyage. Je ne suis plus une touriste occidentale curieuse, je suis devenue une extra-terrestre qui enquête sur la nature humaine, et j'expérimente les choses sur moi-même.
Je vous rassure tous : je vais très bien. Mon entourage affectif stable ne me manque même plus : on se fait à tout.
Mais je manque d'argent. J'ai épuisé mes réserves, et je doute que ce qui me reste me suffise à vivre les 58 derniers jours. Si quelques uns pouvait me filer un coup de main ce serait pas de refus. J'ai déjà mes billets d'avion retour. Ce qui me manque c'est de quoi vivre. Il me reste 100 euros en pesos argentins. De quoi vivre quelques jours, peut être 2 semaines.
Pour ce faire il y a deux moyens : soit vous envoyer votre don ou votre prêt (je suis prête à rembourser) chez mes parents, Charlotte ARISTIDE, chez mes parents, en Guadeloupe [N.D.A. : leur adresse était diffusée à tous dans l'email d'origine], et ils s'en occuperont, soit (plus rapide et plus simple) vous allez dans une poste et vous faites un virement sur le compte CCP suivant, le mien [N.D.A. : le numéro de compte aussi était diffusé à tous]. N'hésitez pas à me dire si vous voulez que je vous rembourse.
J'ai fait mes comptes dernièrement. Sur mon budget total pour ce voyage de 6 mois qui se monte à 6000€ (soit 1000€ par mois), 2200€ sont des dons (plus du tiers), et 3800 mon investissement personnel. Je n'aurais jamais pu faire ce voyage sans vous. Vos dons ont été mon investissement de départ (le matériel et les billets d'avion). Je suis prête à en faire autant pour chacun de vous dès mon retour : j'ai juste encore besoin d'un petit coup de pouce. Il me manque environ 600€ pour finir ce voyage dans de bonnes conditions.
On dit "pas de nouvelles, bonnes nouvelles". Croyez moi je vais vraiment bien. Je ne me suis jamais sentie aussi humaine, et mortelle, et riche, et croyante... Je ne me suis jamais sentie aussi "moi-même". Encore mille mercis. Bon nouvel an chinois avec quelques jours de retard. Et à très bientôt. Après mon tour d'Amérique du sud, je ferais le tour des gens que j'aime pour leur rendre au centuple ce qu'ils m'ont donné, et cela risque de me prendre au moins une vie. Chà ! (Siempre).