Lundi 11 novembre 2002, Salvador de Bahia, Brésil (28e jour au Brésil). Plus je voyage et plus je suis dans le "présent", et moins je ressens le besoin d'écrire. Je vis des choses toutes plus incroyables les unes que les autres, je ressens des milliards de choses nouvelles. Petit à petit ma compréhension du monde me porte à fonder des opinions sur cet environnement que je découvre et qui ne m'appartient pas. Je me l'approprie, et la situation d'exil que je vis, devient un simple état, le plus ordinaire des états humains existants.
Je suis à Salvador, plus souvent appelée Bahia (en appuyant sur le "i". Autant dire que je suis de retour en Guadeloupe, mais à la puissance 10.000. Cette ville est incroyable. Egale à ce qu'on peut en imaginer. Capitale de la culture afro-brésilienne oblige, la population est en majorité d'origine africaine, la musique y est à tous les coins de rue. Cette ville est en vie. Pas comme la plupart de celle où je suis allée jusqu'ici où le commerce et la vie quotidienne était la principale source d'activité. Ici il y a la magie en plus. Je crois que si je devais rester à un endroit au Brésil ce serait ici. Même si je n'aime pas trop la vie en ville... et qu'il me faudrait certainement un moment pour ne plus être considérée comme une proie par les commerçants et autres voleurs à la ruse qui y survivent.
Je disais dans mon dernier mail que la nourriture n’avait pas encore réussi à me surprendre ici. C'est toujours le cas, à la différence que je n'ai jamais mangé autant de fruits que depuis que je suis ici (il y en a à tous les petits déjeuners) et que partout ici on peut trouver des jus  de fruit frais faits maison (sucos). Si les  spécialités culinaires ressemblent énormément à la nourriture antillaise à cause du fait que la matière première est la même et que l'influence africaine est évidente, on y trouve pas moins la petite "portuguese touch", colonisation oblige. Ici on peut manger dans les snacks en payant son repas au kilo. Et puis il y a les pastels (à la viande, à la crevette, à la morue, etc...), si bon et si gras qu'un seul vous retourne l'estomac. L'avantage c'est qu'ici on peut manger de la langouste, du lambi et du crabe à tous les repas sans se ruiner, que les noix de cajou se vendent par sac de 500g et 1kg pour rien du tout (bonjour les orgies de noix de cajou pendant les trajets en bus...), et que si on veut on peut aussi aller manger au Mac Do ! Le cours du menu Big Mac est à  6,50 R$ soit 1,75 euros (11,50 FF)... Un peu cher pour les brésiliens mais tout à fais avantageux pour les touristes qui en ont marre de manger des haricots rouges et riz... Au fait ! "Lula" n'est pas que le nom du nouveau président du Brésil. C'est aussi le nom de la seiche (ou fameux "calamar" ici. Miam, miam !
Hier soir je suis allée assister à une cérémonie religieuse vaudou. Le candomblé. Je me garderai de vous la décrire en détail tant c'est complexe et tant il est facile de trouver des infos sur ce type de cérémonies, mais je ferais  plusieurs commentaires : primo, j'ai été choquée qu'on en fasse un business pour touristes, secundo cela m'a parut être plus un show qu'une cérémonie religieuse (même si je ne doute pas de la bonne "foie" des participants), tertio cela a duré 3 heures, tous les participants sont entrés en transe et permettez-moi de trouver ça un peu louche, j'ai regardé la chose avec mon oeil d'analyste de cinéma, et de metteur en scène amateur, et plusieurs choses m'ont fait tiquer,... Enfin bref, je me suis plus ennuyée qu'autre chose. Et surtout je n'ai pas trouvé les énergies très positives. Enfin bon.
Entre mon dernier mail et aujourd'hui, j'ai quitté l'enfer touristico-canabico-hippie-super-faux de Jericoacoara, j'ai pris un bus pour Natal et là j'ai joué les touristes à fond. Je me suis retrouvée dans une auberge de jeunesse avec un groupe de brésiliens de tous âges, de toutes origines, de toutes catégories socioprofessionnelles et de sexualité diverse, tous très sympas, et en vacances pour une semaine à Natal. Je me suis jointe à eux pour une excursion touristique à la découverte des plages environnantes en buggy. Les cascades sur les dunes en buggy : très très amusant. Les activités aéro-aquatiques à sensations fortes aussi : descendre le long d'un câble du haut d'une dune pour atterrir dans l'eau sur les fesses... ça s'appelle l'aero-bonda. Les Antillais reconnaîtrons un terme qui nous est cher : "bunda" en portugais, mais aussi en créole ("bonda", veut dire fesses dans un langage populaire. Etonnante coïncidence : j'en apprends même sur l'étymologie de ma langue !
Chaque arrêt du buggy était un guet-apens commercial, artisans en tout genre et activités débiles pour touristes nous y attendant, comme par exemple de se faire photographier avec un chameau en haut d'une dune pour 20R$. Il n'y a même pas de chameau au Brésil. Ceux là sont des exilés... exploités... L'esclavage des animaux devrait être reconnu et abolit aussi ! Mais bon. Ça se passe comme ça dans tous les endroits touristiques du monde je suppose.
Ensuite je suis allée à Praia da Pipa, une autre plage hippie du Brésil, au sud de Natal cette fois, Comme si je n'en avais pas eu assez avec Jericoacoara. J'avais entendu dire que c'était plus sauvage et qu'il y avait moyen de s'y isoler. Dur, dur ! Et pourtant l'été et les grandes vacances ne commencent que le mois prochain au Brésil. Ce village n'est qu'une rue : un alignement de magasins de fringues de surfeurs et de bikinis en tout genre, de pousadas et de restaurants naturellement, tous ou presque, tenus par des étrangers installés au Brésil. Les touristes sont hollandais, allemands, français et j'en passe, mais aussi des riches brésiliennes qui veulent montrer leurs nouveaux seins en silicone et leurs superbes lifting, et de riches brésiliens hyper bronzés qui fument le cigar, car ceux là sont plus souvent blancs que black, métisse ou indiens. Vous voulez faire fortune au paradis ? C'est le moment où jamais. Dégotez vous une plage déserte dont la configuration permettra tout de même [...]
En  bref, heureusement que le fils aîné de la famille qui gérait le camping où je me suis installée avec mon hamac m'a expliqué comment aller à la plage quasi inaccessible, où vont les surfeurs, avec des vagues bien déchaînées, mais un endroit désert et magnifique. Pipa m'a plu quand même. Peut-être parce que j'avais déjà vécu le choc de Jericoacoara et que j'étais prête à tout. J'ai réussi à rester trois jours dans ce village. Puis j'ai fuit vers Salvador, 24 heures de bus depuis Natal.
Les bus au Brésil, c'est quelque chose. Il parait qu'ils sont mieux équipés et ont plus de services à bord en Argentine et au Chili, mais au Brésil c'est déjà pas mal. C'est le moyen de transport le plus utilisé et les Brésiliens voyagent avec tout et n'importe quoi. Ils sont capables de déménager leur maison avec un bus de long courrier. La climatisation est toujours au maximum : prévoir un pull-over pour ne pas claquer des dents. Et surtout, ils sont presque toujours à l'heure, au départ et à l'arrivée. Les conducteurs changent toutes les 6h. Et les moteurs sont bridés à 80km/h...
Demain je vais à Lençois, dans un parc naturel, marcher quelques jours dans la nature, avant de rejoindre Saõ Paulo pour le 18 novembre. Je pars pour Foz d'Iguazu le 22 et devrais être en Argentine le 23 ou le 24. Tous les Argentins que j'ai rencontrés au Brésil, dont un était originaire du fin fond de la Patagonie, un prof de plongée sous-marine exilé pour raisons économiques suite à la crise qu'à connu son pays, tous m'ont vraiment donné envie d'y aller... Le Brésil m'a plu. Le Nord surtout. Mais je n'ai pas vraiment été dépaysée. Au contraire je me suis retrouvée. J'ai hâte de découvrir autre chose. J'aurais peut-être du partir en Chine...
Saviez vous que les habitants d'Afrique du Sud ne peuvent voyager librement dans quasiment aucun pays du monde ? Depuis l'apartheid la plupart des états leur imposent des visas très chers et impossibles à obtenir, voire l'interdiction de pénétrer leur territoire : un embargo sur la libre circulation dont la motivation était de sanctionner le régime raciste de l'Afrique du Sud à l'époque. Mais depuis, l'apartheid a été abolit et ces mesures n'ont pas encore été levées. Parmis les rares pays qui ne leur ont jamais été fermés, il y a le Brésil. C'est un sud-africain rencontré à Salvador qui m'a expliqué tout ça. En Amérique du Sud, le Brésil est le seul pays qu'il peut visiter sans payer un visa exhorbitant. Et là je réalise ma chance d'être française.
Saviez vous qu'avant la naissance de la cordillère des Andes (c'est-à-dire il n'y a pas si longtemps que cela à l'échelle de l'histoire de la planète), le fleuve Amazone coulait d'Est en Ouest et non pas d'Ouest en Est ? A très bientôt. Certainement de Saõ Paolo. Bisous et merci à tous. Chà !