Lundi 4 novembre 2002, Jerricoacoara, Brésil.
BEUARK ! Cet endroit pue. Je déteste. Jerricoacoara fût un petit village de pêcheur perdu entre les dunes et l'océan. Des hippies s'y sont installés. Puis des touristes fûrent attiré par l'odeur d'authenticité, et aujourd'hui, c'est une espèce de bourgade surpeuplée de bikinis, de buggy, et planches de surf...
Recette implacable pour gâcher le paradis (sur Terre) : Prenez une jolie dune de sable fin et ensoleillée, un lagon aux eaux limpides, deux ou trois bancs de sable immaculés et doucement caressés par un océan turquoise, quelques jolis cailloux ambres et rubis, une belle colline couleur abricot parsemée d'un coulis de verdure... mettez-le tout aux mains des terriens cupides, et rapidement vous observerez une éruption incontrôlable d'hôtels nauséabonds où afflue quotidiennement l'humanité désenchantée : une plage pour les baigneurs, une plus venteuse pour les véliplanchistes, une plus houleuse pour les surfeurs, et bientôt les quelques pêcheurs qui vivaient là deviennent tenanciers, barmans, chauffeurs de buggy ou de 4x4, serveurs, guides (pour visiter la colline alors que nul est besoin d'un guide pour visiter cette colline), essayant d'attraper au vol quelques poignées de dollars pour nourrir leurs flopées de marmailles, ce qui se comprends tout à fait... L'enfer est sur Terre, même si au début cela avait la couleur du Ciel, celle du Paradis !
J'avais croisé des touristes portugais à Atins (dans le Parc Lencois Marenhense, près de Barreirinhas) qui m'avaient dit que Jerricoacoara ressemblait à Atins... Jerricoacoara devait ressembler à Atins, avant toute cette mascarade touristique !
Atins est ce petit village de pêcheur oú je suis allée passer quelques jours. Pas hôtel, ni de pousada. Pas de restaurant. Encore moins de buggy et de bikinis, de loueurs de planches à voile et de cyber café... Pas d'eau courante, juste un puit. Pas d'électricité : juste une batterie de voiture et une ampoule pour le dîner le soir dans la cuisine... Des crevettes et du poisson, grillé au feu de bois, ou bouillis dans du lait de coco, à tous les repas parce que c'est ce que la mer donne. Des heures de marche pour trouver la casa de Luzia, la seule qui reçoive chez elle quelques visiteurs, leur offrant de camper ou de dormir sur la véranda dans un hamac. Le guide c'est le mari de Luzia, un pêcheur basané avec des yeux bizarrement extrêmement bleu (comme dans le livre "Dune", le peuple du désert...). Il m'a emmené à deux lagunes. Une toute petite et très profonde. Et une très grande, entourée de verdure, une véritable oasis. Trois heures et demi de marche dans les dunes... Dur, dur !
Je déteste marcher dans les dunes. C'est vraiment très difficile. Mais pour voir des lagunes cela en vaut la peine. Il faut juste prendre quelques précautions. Premièrement, fermer la bouche sinon vous mangerez des kilos de sable. Deuxièmement, ne buvez ni avant, ni pendant : vous transpireriez beaucoup tro. Troisèemement, n'avalez jamais votre salive collante, vous aurez encore plus soif après. Quatrièmememnt, crachez : sinon vous aurez rapidement la bouche pâteuse. Cinquièmement, ne vous léchez jamais les lèvres : vous risquez de les déshydrater ce faisant. Sixièmement, tant que la chaleur du sable le permet, marchez pieds nus, vous aurez de meilleurs appuis sur le sable, Septièmement, pour gravir les dunes : accélérez un bon coup et monter la d'une traite. Huitièmement, si vous pouvez, mouillez complètement vos vêtements, ils vous tiendront au frais et seront sec à l'arrivée. Enfin, neuivèmement, mettez une casquette, un chapeau, ou un linge mouillé sur votre tête !
Chez Luzia, qui pourtant vit avec si peu, il y avait deux personnes extérieures à la famille qui travaillaient. De même chez Leonardo, la pousada familiale où je suis restée à Barreirinhas. Toutes les familles, plus ou moins, non pas "aisées", parce que ce n'est pas le cas, mais disons, "moins pauvres", dès qu'elles en ont la possibilité, font travailler plus démunis qu'eux.
C'est une forme de solidarité, mais parfois cela tourne à l'exploitation. En effet, ces femmes (car souvent se sont des femmes), font absolument tout dans la maison, au point où les "patrons" peuvent rester des journées entières à se tourner les pouces, regardant l'autre travailler. Sans compter que les relations "employé/employeur" ne sont pas toujours faciles. C'est une chose que j'ai beaucoup de mal à comprendre. Mais ce qui me rassure c'est de voir que ces mêmes personnes qui embauchent à leur domicile d'autres pour leurs taches ménagères, du moins pour ce que j'en ai vu, accueillent aussi chez eux un ou deux enfants démunis quand ils peuvent. Sans contre partie. Ou du moins en apparence...
A Parnaìba dans la pousada où j'ai passé plusieurs nuits il y avait ainsi un petit garçon de 12 ou 13 ans qui s'appelle Alix, hébergé gracieusement par les deux frères qui gèrent la pousada. Il faut dire que ces derniers sont loin d'être pauvres même si leur pousada n'est pas du plus haut standing. Alix a pourtant une famille. Sa maman vit dans un village de pêcheur au bord de la mer avec ses deux autres frères, David et Rodrigo. Mais son père est mort et il n'aime pas son beau-père. Aussi a-t-il commencé à fuguer et à vivre dans la rue. C'est ainsi que les frères propriétaires de la pousada l'ont recueilli. Les deux familles se connaissent maintenant. Mais Alex vit toujours à la pousada : il sert de guide à quelques touristes de passages.
S'il y a bien une chose qui n'est pas dépaysante pour moi au Brésil c'est la nourriture. J'attends toujours une heureuse surprise mais pour l'instant c'est très...  proche de ce que nous mangeons en Guadeloupe !
Une chose est surprenante par contre ce sont les voyages en 4x4, ou plutôt à l'arrière des camionnettes Toyota 4x4 aménagés pour, avec des bancs en bois. Les relations entre les villages les plus isolés, pour lesquels il n'existe pas de route, se font de cette manière. J'ai donc emprunté plusieurs fois des Toyotas. Il ne faut pas être douillet. En plus les Brésiliens voyagent souvent avec des kilos et des kilos de matières premières ou de produits de consommation courante, n'en ayant pas à proximité de chez eux. J'ai fais ainsi trois heures de route assise sur une glacière en polystyrène en très mauvais état plein de poissons frais. Je sentais bon à l'arrivée. D'autant que le petit garçon à côté de moi m'a à moitié vomi dessus. On était presque une vingtaine avec tous les bagages que peuvent représenter une vingtaine de brésiliens voyageant, entassés à l'arrière de ce Toyota. Cela ne m'a pas empêché de renouveler l'expérience…
Bon, je vais m'arrêter là pour aujourd'hui. A bientôt. Chà !