Dimanche 30 mars 2003, Vieux-Fort, Guadeloupe, France.
Une semaine que je suis revenue, ou presque. Et ce message est certainement le dernier que je vous écris. Il y a des choses que j’ai oublié de vous raconter.
Comme l’histoire de ce couple de jeunes brésiliens de 19 ans en fugue de chez leurs parents pour se marier contre leur avis. Je les ai rencontré sur un bateau sur l’Amazonie. Ils m’ont fait découvrir la musique électronique brésilienne (électro-jazz, dérivé de la bossa… un régal !).
Comme l’histoire de Kinver, ce péruvien avec qui j’ai voyagé quelques jours sur l’Amazonie. Infirmier et à 26 ans, il était au chômage depuis deux ans à Iquitos, quand sa petite amie, une pharmacienne de 30 ans, lui donne 500 dollars pour partir tenter sa chance à Manaus. Il dépense ses 500 dollars en une semaine, la trompe le premier jour de son arrivée à Manaus avec une jolie brésilienne encore plus paumée que lui, et me raconte sa vie… un tissu de mythomanie, de quoi faire un bon livre sur les gigolos !
J’ai oublié de vous parler de Big Brother Brésil, que j’ai regardé une semaine lors de mon voyage sur l’Amazonie. Que faire sur un bateau sinon regarder la télé dans son hamac. Des femmes plantureuses et toutes en plastique, et des hommes bodybuildés et tous en plastique. Et un poids chiche chacun dans la tête. Vive le Loft ! Définitivement moins éloigné de nos réalités (même si c’en est loin). La semaine que j’ai regardé, Dominhi et Vanessa s’affrontaient aux éliminations (car chez eux, c’est une personne qui gagne, pas un couple), or, dans BBB, Dominhi, un fils à papa hyper sensible, et Vanessa, une asiatique lookée indienne de la jungle, style vamp mangeuse d’hommes, une amazone quoi, sortent ensemble. Larmes garanties ?! Et bien non, car c’est la vamp qui est sortie du BBB par le public, et elle, s’est remise aussi vite de ses peines, qu’elle n’avait sauté sur ce qui était soit disant l’homme de sa vie.
Se faire entretenir est le moyen le plus sûr de survivre en Amérique du Sud, que l’on se fasse adopter pas un couple riche contre quelques menus travaux domestiques, que l’on sorte avec une personne qui travaille (le matérialisme est le premier critère d’amour dans les couples de courte durée), que l’on se contente d’accompagner les touristes au restaurent le soir, ou que l’on aille jusqu’à se prostituer, tous sexes confondus !
En ce moment passe au cinéma en France un film argentin extra, que j’ai vu là bas : Historias Minimas, de Carlos SORIN. Trois destins qui se croisent en Patagonie. Je vous le conseille. Ne serait-ce que pour voyager en Patagonie…
Cette année mes parents ont le double de mon âge. Je vais en avoir 26, ma mère en a 52, et mon père aussi va en avoir 52, cette année.
Et quand je vois tous mes cousins, de presque dix ans plus jeunes que moi, devenus des hommes et des femmes, quand je vois les plus jeunes au collège et au lycée, je me dis que je vieillis, mais je n’arrive pas à sentir le temps m’altérer.
Je me pose toujours des questions sur le généreux donateur qui m’a sorti de la mouise ce 10 mars 2003 en versant 500€ sur mon compte à Gentilly. J’aimerai bien savoir qui c’est afin de lui témoigner ma reconnaissance. Sans lui je n’aurai pas pu rentrer en Guadeloupe une semaine plus tôt, étant donné qu’un aller simple Cayenne-Pointe-à-Pitre coûte 335€. Ces prix sont une honte. Merci infiniment à lui.
Ici je suis bien. J’écoute en boucle les duos d’Ella Fitzgerald et Louis Armstrong, l’album de No Jazz, et Cat Steven. Mon roman avance. Je pensais à une rédaction éclair, mais ce sera plus long que prévu. Comme la guerre. Ce livre que je veux écrire est un peu une guerre contre moi-même de toute façon.
Je ne regarde même plus la télé. CNN, LCI, France 2, Karl Zéro, les Guignols, le Zapping. Tout m’énerve. Aujourd’hui j’ai battu mon record perso au Spider Solitaire sur l’ordinateur. Je suis nulle, mais je suis passée sous la barre des 110. C’est Marie-Anna qui m’a refilé le virus hier.
Demain je vais me mettre à la recherche d’un travail. Même si finalement, et apparemment, j’ai réussi à éviter la perte de mes allocations chômage.
Mon colis, le dernier que j’attende, celui que j’ai envoyé de Cuzco, n’arrive pas… Il est censé arriver en dix jours, et cela fait un mois. Enfin bref.
La vue panoramique que mes parents ont sur la baie des saintes depuis la galerie de leur maison à Vieux-Fort et les couchers de soleil suffisent à me combler. Alors la vie est belle. Merci à tous. Chà !