Mardi 18 mars 2003, Belém, Brésil...
Et la boucle est bouclée. Je suis définitivement sur le chemin du retour. A partir de maintenant, je rebrousse chemin jusqu'à ma Guadeloupe natale. Belém est la ville à partir de  laquelle j'ai commencé mon aventure sur la côte du Nordeste brésilien, et c’est d'ici que je reviens à vous, petit à petit. Je vais faire une pause de presque deux semaines en Guyane française, première chambre de décompression : des visages connus (la famille de mon cousin), un hébergement familial (sa maison), un pays inconnu de moi encore (la Guyane), et un rythme de voyage en baisse progressive (depuis déjà quelques jours : comment faire plus lent qu'un bateau sur l'Amazonie).
Il va falloir que je règle mes comptes avec les Assedic et l'ANPE, parce que le système dans notre pays n'est pas fait pour les voyageurs, même s'il les aide beaucoup sans le savoir. Puis deuxième chambre de décompression : la Guadeloupe, où là tout est connu de moi, les gens, la maison, le pays, et début du retour à des activités occidentales et sédentaires (chercher un travail, faire avancer mes projets professionnels, payer mes dettes).
Et pour finir, quand ma santé financière sera au top, retour en France, parce que c'est pas en Guadeloupe que je deviendrai cinéaste : j'espère que Jah-Ninh sera d'accord pour monter avec moi mes deux derniers courts métrages que les acteurs crèvent d'impatience de voir terminés, et que je trouverai vite un mixeur et un compositeur pour en fignoler le son.  Enfin bon. Je me suis fais une liste des choses que je dois faire pour revenir à la vie d'avant, qui sera aussi celle d'après, au moins pour un tant, car sinon je crois que je vais faire une petite dépression de type "post-natal".
Et là je me rends compte que j'ai oublié de vous parler des dauphins de l'Amazonie. Lors de mon expédition dans la jungle, mais aussi par hasard dans les eaux dégueulasses du port de Manaus, j'ai vu les dauphins gris et roses qui vivent en eau douce, dans le fleuve Amazone. Le rose est solitaire, et a une forme étrange, un peu plat et large, et avec un aileron plus étalé sur la longueur. Il est rose parce qu'il mange trop de crevettes. Et les autochtones ont peur de lui parce qu'il semblerait qu'il puisse mettre enceinte les femmes. Pour cette raison elles ne se baignent jamais quand il est dans les parages. Enfin.
Les dauphins de l'Amazone sont des dauphins qui vivaient dans l'Océan et se sont adapté aux modifications du milieu lorsque le bassin amazonien a émergé des eaux, transformant une zone d'Océan et de marécages, en une forêt. Cela s'est produit lors de la naissance de la Cordillère des Andes, laquelle a aussi changé le sens du cours de l'Amazone, qui avant prenait sa source dans la précordillère des Andes pour se jeter dans le Pacifique. C'est fou, non ?
J'ai certainement oublié d'autres choses mais cela me reviendra.
Encore merci pour vos messages. Je suis peu surprise par les réactions de certains à mon dernier mail. Merci à Régis pour sa proposition. Il m'écrit, "On va te faire un website : www.retrouverlejaiperdusonadresse.com ".
Je n'ai rien d'extraordinaire à vous raconter sur ces derniers jours. Je les ai passé sur des bateaux, à dormir dans un hamac, accompagnée d'Eliane, l'espagnole (déjà rencontrée en Argentine en janvier), et Oshrat, une israélienne rencontrée à Mendoza en Argentine en décembre, et retrouvée par hasard sur le quai de Santarem lors d'une correspondance. Leur compagnie fut fort agréable. Oshrat est partie ce matin très tôt pour Fortaleza en avion, et Eliane part ce soir pour Sao Luis en bus.
Moi j'ai la journée pour trouver mes billets de retour. Et dans quelques jours, ou quelques heures, je suis en Guyane française. Le seul hic de ces voyages en bateau, c'est la nourriture. Manger riz, poids rouges, et viande en ragoût à tous les repas c’est moyen, surtout pour mon estomac. Je ne sais pas si c’est ça, où la caipirinha que j'ai bu hier soir avec les filles, mais ce matin je me suis réveillée à 5h30 avec une superbe envie de vomir, comme cela ne m'était pas arrivé depuis la nuit des temps. Je vous passe les détails mais j'ai vomi tout, absolument tout ce qui restait dans mon estomac. Maux de têtes, vertiges quand je me lève, la sensation d'être faible. Je ne sais pas si c'est une gastro, la dengue, ou une intoxication alimentaire, mais je survivrai. J'ai petit déjeuné et re-belote, j'ai tout vomi. Le pire c'est que j'ai commencé à distribuer ma trousse de secours il y a quelques jours et que les cachets anti-vomitifs sont les premiers que j'ai donnés. Je vais de ce pas m'acheter des fruits au marché, et trouver un remède traditionnel à ce que j'ai, en attendant de consulter un médecin, ou une pharmacie française en Guyane. Voilà. Vous savez tout. Merci de me lire. Chà !