Mercredi 12 mars 2003, Manaus, Brésil.
Certains d'entre vous l'ont bien deviné. L'Amazonie me plaît. Plus que tout ce que j'ai vu jusqu'ici. Je veux dire en terme de qualité de vie : le calme, la nature, sa diversité, l'eau, sa puissance,... Un peu plus et je me construisais une case en bois sur pilotis non loin d'une zone de mangrove, infestée par les anacondas et les piranhas. Miam ! Je crois que si un jour j'abandonne ma vie nomade (qui ne fait que commencer ici, grâce à vous, et je vous en remercie), je me sédentariserai quelque part dans la jungle amazonienne, mais pas trop loin non plus de l'océan, genre en Guyane française. Et là, à ceux qui me parlent depuis quelques temps de mes éventuelles difficultés à retourner à la vie "normale", je dirai, que oui, cela risque d'être un choc. Mais le bon coté des choses, c'est que j'ai prévu dans mon plan une chambre de décompression : la Guadeloupe, et le domicile parental. J'aurai donc peut être juste la sensation de revenir d'une année d'exil en France pour étudier, pour passer des vacances en Guadeloupe, et j'espère que mon séjour chez mes parents sur le chemin du retour ne durera pas plus de la durée raisonnable de vacances chez ses parents. La seule différence est que cette année je suis partie étudier en Amérique du sud, et que ma seule adresse fixe a été mon email. Bougre ! Cela fait une sacrée différence quand j'y pense. En plus je n'ai pas travaillé depuis longtemps, très longtemps... Je crois que c'est le retour au travail qui va être le plus dur. Mais faites moi confiance : je vous ferais partager l' "après" aussi ! Merci à tous pour vos messages, et particulièrement à "Markie Mark", qui a décidément le don de me remonter le moral pendant nos longues minutes de tchatche sur les messengers. Non, ce n'est pas le "vrai" Markie Mark. Je ne correspond pas avec ce chanteur de rap des années 90 (blanc, entouré d'un groupe de black exclusivement, Marcky Mark and the Funky Bunch), connu auparavant pour sa participation au groupe "New Kids On The Blocks" avec son frère Donnie (et oui... là je vois pleurer d'émotion et de nostalgie un certain nombre de mes lectrices nées entre 1978 et 1980), qui n'a connu en tant que chanteur de rap qu'un seul vrai succès... "Good vibrations" ("Bringing this to the entire nation, Black, white, red, brown, Feel the vibration..."), plein de bons sentiments... (Album "Music for the People"), passé en boucle sur MTV en 1991, et aussi mannequin, pour Calvin Klein et ses shorts boxer, entre autre, et puis devenu acteur sous le nom de Mark Wahlberg (son vrai nom). Il a été pas mauvais acteur dans The Yards (un policier cynique très bon), En Pleine tempête (un film catastrophe hollywoodien qui bouge tant, que pour le voir, il faut prévoir un sac, en cas de mal de mer), et Les Rois du désert (un film original, sur la guerre du golf et les medias, du point de vue des soldats, et petits larcins). Mais a tout gaché dans ce film ridicule, réalisé par le néanmoins talentueux Tim Burton : La Planète des Singes. Photo ci-joint. Ça, c'était ma minute "culturelle", ou comment faire connaître un cancre de la musique à des gens respectables comme vous. Vous ai-je dit qu'une fois j'ai bien cru avoir rencontré l'homme de ma vie ? Non, pas Mark Wahlberg. Pendant ce voyage, au mois de janvier. On s'est contemplé mutuellement pendant trois jours. J'ai pris du temps à m'adapter à son accent un peu spécial (genre paysan en pire). Je me suis laissée flattée par ses sourires, ai rêvé de ses mains musclées d'aventurier sur ma peau, et ai été franchement gênée par sa façon de me regarder (gênée du genre : "Monsieur, je vous en prie... restez digne !... Montons dans votre chambre plutôt !»). Un jour dans la cuisine de l'auberge de jeunesse, il tremblait d'avoir bu trop de café et de maté pour rester éveillé, et discuter à mes cotés toute la nuit. Je lui ai pris la main et me suis exclamée : "Oh my god ! Your hands are shaking! You should stop drinking coffee!" Il n'a pas bougé son regard de mon visage, mes yeux sont remontés vers les siens s'attardant sur ses belles épaules. Et m'apercevant de ce dont je me doutais (il me regardait avec un désir auquel je ne pouvais pas répondre, troublée par la rapidité des événements), je lui ai lâché la main brusquement transformant son doux sourire en une moue désappointée, et suis sortie précipitamment de la pièce comme si de rien n'était. Finalement il est parti en me laissant ses coordonnées, et voulant faire la fière et la fille pas intéressée pour un sou (mon oeil, je refoulais mes désirs, et mes sentiments naissants se lisaient comme le nez au milieu de la figure chaque fois qu'il entrait dans un périmètre de 10 mètres autour de moi), j'ai pris le bout de papier d'un air distrait et lui ai dit "ciao!" comme à n'importe quel autre voyageur-aventurier déjà rencontré, sans lui laisser l'once d'un espoir que je lui écrive, et surtout ne lui laissant pas la possibilité de la faire (ne lui laissant pas mes coordonnées). J'ai enfouit négligemment le bout de papier dans la poche de mon jogging des jours de "limbé" (terme créole signifiant "chagrin d'amour", et dont l'origine éthymologique est certainemnt proche du mot portugais, "lembrar", signifiant, "se souvenir avec tristesse, nostalgie"). Une semaine plus tard, obsédée par le souvenir de son sourire, de sa voix, de ses mains, et de son regard sur moi, je me décide à lui écrire, et cherchant le papier dans ma poche, je m'aperçoit qu'il est tout écrabouillé, par la lessive que depuis il a enduré. Résultat des courses, quarante-trois jours plus tard, je navigue sur les flots du fleuve amazone, allongée dans un hamac, devant une télé qui parle en portugais, et à laquelle je ne comprends pas grand chose, parce que mes pensées, elles, sont encore toute écrabouillées, par la lessive qu'elle a enduré. Il ne me reste que quelques souvenirs : un sourire désappointé, une main brusquement lâchée, une voix qui résonne encore en moi, et un regard qui même s'il ne se repose jamais sur moi, m'a donné un aperçu du parfait bonheur. Enfin bref. J'ai lu un livre de Madame Françoise Sagan. Derrière l'épaule, ou quelque chose comme ça : elle relit ses livres et en profites pour raconter sa vie, ou plutôt, elle répond à la demande qu'on lui fait de raconter sa vie, mais trouve l'idée judicieuse de le faire à travers ses livres, et du coup raconte et critique ses livres, et ne dit rien ou presque de sa vie. C'est le premier que je lise d'elle, et en réalité le seul livre en français que j'ai trouvé dans une librairie à l'aéroport de Lima, qui ne soit pas du Christian Jacq (romans historiques sur les pharaons, lecture facile, que l'on trouve beaucoup dans les gares, et visiblement partout sur la planète), ou un classique débile que tout le monde a lu (même si j'en ai lu peu finalement). Pourquoi je parle de ça ? Je ne sais plus. Ah si ! Oui. Madame Sagan a le même défaut que moi : elle écrit presque comme elle parle (et j'imagine qu'elle doit bien parler, car son vocabulaire est soutenu, bien que son style soit libre, du fait de l'oralité), et écrit souvent "bref...". Ce qui n'est pas censé faire de moi un écrivain par la simple identification d'un tique de langage, mais qui me rassure plutôt sur mes tiques de langages. D'ailleurs, de ce que j'ai cru comprendre de Madame Sagan, nous avons peu en commun : elle est bien plus pessimiste, ou réaliste (tout dépend de quel point de vue on se situe : le sien, ou le mien), que moi, et surtout me semble être quelqu'un de relativement sévère dans sa façon d'être passionnée. Enfin bref. Je pense qu'elle doit être d'un signe d'Air  ("plaire aux autres" ou "communiquer à outrance"), et moi je suis de Feu ! Elle a écrit son premier livre à 19 ans et je n'en ai pas encore écrit la moitié d'un à 25, presque 26. Depuis un mois que je n'ai rien écrit de bien sérieux sur mon voyage, ils s'en sont passés des choses. Mais pour ne pas trop vous ennuyer, je vais essayer d'être concise. Faire des phrases courtes et précises. Comme Madame Sagan. À moins que la mauvaise disciple de Proust que je suis (en terme de grammaire j'entends), ne reprennent le dessus. J'ai quitté La Paz, capitale de la Bolivie, pour Copacabana, le village bolivien au bord du Lac Titicaca, le 17 février 2003. Dans l'auberge de jeunesse où j'ai atterrit, dans les toilettes sous l'escalier, les murs étaient d'un bleu divin, et au même niveau que la chasse d'eau, mais de l'autre coté de la cuve, pendait un clou au bout d'un fil, destiné à un usage inattendu : graver des messages dans le plâtre du mur. Le lendemain j'ai pris le bateau pour visiter les îles boliviennes du Lac : l'île du Soleil et celle de la Lune. La plupart des gens le font en un jour. D'autre n'en font qu'une et à fond, et certains campent sur l'une (le Soleil) quelques jours. Les visites prennent donc parfois des dimensions industrielles, parce que tout le monde part en même temps, du même endroit, et dispose du même temps (très peu), pour visiter chaque endroit où le bateau les laisse dans son circuit. Le jour où j'ai visité le nord du Soleil (... n'est-ce pas extraordinaire de dire des choses poétiques comme cela ?), le musée était fermé et les guides en grève. Officiellement. Bien sure ils ont acceptés de nous guider, en travaillant au noir, tout bénef pour eux, et ils nous ont demander de payer ce qu'on estimait être juste. Des ruines, des tables de sacrifices, des pierres sacrées, la silhouette difficile à distinguer d'un puma ou d'un condor sur le relief d'un rocher, ou l'arrête d'une falaise ou d'une montagne. Les gens dans cette région du monde voient des pumas et des condors, animaux sacrés dans leurs traditions, partout. A se demander s'ils n'abusent pas un peu trop de la coca ou de la muña (autre plante aux même effets, ressemblant à la menthe poivré, et servant aussi à lutter contre l'altitude, et qui contrairement à la coca, pousse en haute altitude). Cela a été une journée à marcher, de site en site, au milieu d'un groupe de 50 à 60 touristes, suivant les organisateurs (30-40 d'après la touriste que je suis). Sympathique de marcher. Pénible de le faire en troupeau. Heureusement les seuls français du groupe étaient des gens distingués, cultivés et discrets (comme moi), et je n'ai pas été exaspérée (pour une fois) par des réflexions stériles dans ma langue natale. Pour ma part j'ai dormi une nuit dans un hôtel du sud du Soleil, alors que le troupeau reprenait le bateau pour le continent. Au sud du Soleil, le village est à 200 ou 300 mètres d'altitudes au dessus du niveau du Lac, et pour le rejoindre à partir du débarcadère, les Incas (ces génies) ont construit un immense escalier : l'escalier de l'Inca. Les espagnols à leur arrivée, et les archéologues  encore ignorants des débuts de la découverte de ces trésors culturels, on tout appelé "de l'Inca", ce qui ne prouve pas qu'aucun Inca ne soit passé par là, mais il semblerait que là, il s'agisse plutôt de Tihuanaco ou d'Ahimara. Enfin bon. Peu importe. L'escalier en question est du genre abrupte et sans palier, et y ruisselle de l'eau douce, venue du Lac et pompée je ne sais comment pour procurer aux habitants une source jaillissante, artificielle, la source de l'Inca. Monter ces quelques marches a été une expérience physique et spirituelle fort intéressante. Car je me suis mise en tête de les monter, avec mon sac à dos, et d'un seul trait, alors que même les porteurs qui le font cinq fois pas jours depuis 40 ans, font deux ou trois pauses. Bref. Je suis arrivée en haut en sueur, au bord de l'arrêt cardiaque, mais non moins satisfaite de mon exploit (personnel), rehaussé par le fait que j'avais du tenir la conversation à Rodrigo, 10 ans, un jeune habitant du Soleil, qui connaissait tout sur chaque brindille d'herbe, et qui tenait à m'accompagner, prétendant connaître le meilleur hôtel pas cher de l'île (information qui m'a naturellement coûté quelques Bolivianos). Le jeune Rodrigo m'a d'ailleurs bien étonné. Il me dit "hola". Je lui dis "hola". Et il me dit "eres francesa ?". Et là je le regarde perplexe. C'était bien la première fois qu'on me faisait cette blague. Je lui demande comment il a deviné, ou qui lui a dit. Et il me dit "la voix". Et développe son argument : "les gens qui parlent espagnols ont une voix nasale, et les anglophones une voix souvent haut perchée (les femmes surtout, me dit-il), ou qui tire vers l'aigu dans l'intonation, et les français, ont un ton monotone, même quand ils parlent espagnol". J'étais scotchée. Pour en revenir à mon escalier d'ailleurs. J'ai eu beau ne pas m'arrêter dans mon ascension, j'ai été doublée par des porteurs, qui se sont arrêtés deux ou trois fois, mais qui courraient quasiment sur les escaliers, portant à dos, dans une immense toile épaisse, deux, voir trois sac-à-dos, ou valise de touristes, pour quelques misérables bolivianos. Précision : il faut 7 ou 8 bolivianos pour faire un euro. L'ascension a été dure mais purée : qu'est-ce que la vue était belle arrivée là haut ! Ma chambre donnait sur une terrasse, et sans les nuages qui encombrait l'horizon, j'aurai pu assister au plus beau coucher de soleil de ma vie. J'ai par contre assisté au plus bel orage de ma vie. Mais rien ne vaut des éclairs sur le Lac Titicaca, croyez moi. Vous avez l'impression déjà que ce Lac est sans limite, mais le ciel au dessus, c'est le lac puissance dix, et les éclairs prennent une dimension terrifiante. Qu'est ce que j'aime les orages. Bien plus que les couchers de soleil. Sur le trajet en bateau qui mène aux îles, on passe devant la caserne de la marine. Et au petit matin ils font leur inspection générale. J'ai assisté à ça deux fois. Mais je crois que le plus choquant, car une inspection générale militaire n'a rien de choquant même si c'est toujours un peu ridicule toutes ces conventions et ces types qui serrent les fesses pour mieux bomber le torse... Le choquant c'est ce qui est écrit en lettres noires et immenses sur le mur de la caserne : "El mar nos pertenece de derecho, recuperarla es nuestro deber" ("La mer nous appartient de droit, la récupérer est notre devoir"). Petit détail... La Bolivie (si vous visualisez bien) est enclavée, sans frontière maritime, comme la Suisse, mais cela n'a pas toujours été le cas. Elle a perdu les territoires du bord de mer lors d'une guerre stupide contre le Chili au siècle dernier. C'est aujourd'hui tout le nord du Chili. Le Pérou, alors associé à la Bolivie politiquement, a perdu un peu au sud aussi. La Guerre du Pacifique. La Bolivie a rompu un accord politique, et le Chili a attaqué. Avec tout ce que le Chili a grignoté comme territoire sur ses voisins, je me demande quelle superficie ce pays aurait aujourd'hui, sans cette politique d'extension territoriale. Il faut dire qu'avec un pays tout en longueur comme ça, coincé entre l'océan et la cordillère des Andes, y'a de quoi se sentir à l'étroit : on ne voyage pas d'est en ouest au Chili, ni l'inverse, uniquement du sud au nord et réciproquement. Sur le chemin du retour, le bateau a embarqué un groupe de touristes français, des jeunes. Et ça a été 20 minutes de palabres en mauvais espagnol pour contester le prix. Bon. Qu'ils voyagent sans sous, c'est un fait et cela se comprend. Qu'ils essayent de négocier le prix, c'est complètement légitime. Mais qu'ils traitent le patron de l'embarcation de voleur parce que l'aller + le retour coûte plus cher que l'aller-retour en un jour, c'est abusé ! Mais que voulez vous. Le pire, c'est qu'ils n'ont vraiment pas été très malins, parce que finalement ils ont payé plein pot, le patron menaçant de les débarquer de force s'ils ne payaient pas. S'ils avaient joué la carte de l'honnêteté : "J'ai pas assez de sous, est-ce que vous voulez bien nous faire une ristourne", cela aurait peut être marché, qui sait ? Mais il est vrai que les boliviens sont durs en affaire. Ils vous disent le prix à mi-voix, donnant l'impression qu'ils en ont presque honte, mais après ils n'en démordent pas, et pas question de négocier, même si vous leur acheter tout leur stock ! Le bateau en question était tant chargé de passagers (certainement plus qu'il ne devrait), qu'il grinçait de tous les cotés, et à en avoir observé la légère charpente, je ne serais pas étonnée que son pont supérieur s'effondre un jour sur le pont inférieur. Sur les îles du Soleil et de la Lune, on est constamment harcelé, dès qu'on a l'air de venir d'ailleurs. D'ailleurs ! J'ai compris pourquoi dans les endroits touristiques, ils gardaient leurs costumes traditionnels. Pas seulement pour faire couleurs locales. Je connais quelques jeunes boliviens et péruviens qui s'en passeraient bien, mais pour distinguer plus vite le touriste du local, au milieu de la foule, car il y en a qui sont touristes, et qui sont couleur (de peau) locale, si vous voyez ce que je veux dire. Ce ne sont pas tous des gringos phosphorescents. Une dame m'a proposé de me prendre en photo, moi, avec son lama. Elle fournit le lama. Et je fournis l'appareil photo, la pellicule, le développement, le modèle et le photographe. Pour deux dollars. Pas des bolivianos. Des dollars, elle voulait. Je lui ai fait un sourire de refus, et j'ai cru qu'elle allait me cracher à la figure. Elle a insisté. Et je lui ai dit que j'avais rencontré beaucoup de lamas en Amérique du Sud, des libres et des moins libres, des fournisseurs de laines et de viandes, tous très sympathiques, que son lama était super sexy, mais que c'était la première fois que je voyais un lama mannequin, et que j'en réfèrerai à mes amis qui travaillent dans la mode à Paris... (Jérémy, toi qui connaîs du monde, peux-tu faire quelque chose pour la dame et son lama ?) Elle m'a regardé perplexe... Je me demande pourquoi ! La Bolivie. Le Pérou. Ces pays sont infestés par un commerce touristique agressif, et si cela continue comme ça, il va falloir arrêter d'éditer des guides à vocation "routard" pour ces pays parce que c'est insupportable. Le pire, c'est que ceux qui ont vraiment besoin d'aide ne sont pas sur les lieux touristiques. Ce tourisme hyper actif est tellement bien organisé, que le même Fernando qui s'occupait du passage de la frontière en deux langues (espagnol et anglais) entre la Bolivie et le Pérou, de Copacabana à Puno, a réussit à me trouver l'un des hôtels les moins chers de Puno (où il travaille), et m'organiser une excursion sur les îles péruviennes, et me trouver un billet de bus pour Cuzco sans que je bouge, et même me prêter son sac à dos, parce que le mien, trop grand, aurait été encombrant pour deux jours sur les îles péruviennes du lac Titicaca. Sacré Fernando ! J'espère qu'il s'est fait une belle commission sur ce coup là parce que je ne lui ai même pas laissé un pourboire. Lors de cette excursion sur les îles péruviennes du Lac Titicaca je suis complètement revenue de mes illusions d'authenticité de la culture Quechua et Ahimara au 21ème siècle. Le choc ça a été les îles flottantes de Los Uros, mais là encore, je crois que les touristes ont battus le degré d'affliction des habitants, avides de frics, et ne vendant même pas de jolis objets d'artisanat. Il y avait là un groupe de français (encore eux), genre la cinquantaine passée, dont les femmes s'étaient mises en tête d'apprendre aux enfants des comptines en français, le tout, en faisant la ronde. "Frère Jacques, Frère Jacques... dormez vous ?... dormez vous ?... Sonnez les matines..." Tu parles d'un échange culturel. Bien sur, après ils ont mitraillés les gosses de photos (gratuitement pour une fois), et sans leur demander leur avis, comme d'habitude, comme s'ils étaient dans un zoo, et que le fait de prendre des photos des "spécimens" de la faune locale étaient compris dans le prix de leur tour. Je me demande ce qu'ils doivent dire à leurs familles et amis quand ils montrent une pellicule entière de photo de gosses dont ils ne connaissent même pas les noms. "Ça, c'est les enfants du village avec qui ont a joué pendant une heure... Mon dieu... Qu'est-ce qu'ils nous ont épuisé ! C'est qu'ils en redemandaient en plus..." Est-ce qu'en tout touriste français, se cachent un animateur BAFA doublé d'un mauvais paparazzi à tendance reportage ethnique ? Ensuite, on est arrivé sur une grande île, une vraie. Pas une île artificielle fabriquée par l'accumulation de roseaux séchés, et où on peut chopper le mal de mer les jours de grands vents sur le Lac Titicaca (ce que sont Los Uros). Le groupe de visiteurs a été réparti dans des familles d'accueil sur l'île, qui héberge quatre communautés de religions différentes, mais qui fonctionnent toutes sur le partage total des richesses et le troc. Ils portent tous le costume traditionnel à l'arrivée des bateaux, et dès qu'on arrive à la maisonh hop ! On enfile un jean et des baskets, comme tout le monde sur cette planète. Mais là où ils prennent une jolie revanche sur cet occident qui se réjouit de leurs grimaces, c'est le jour du bal. Tous les touristes doivent porter le costume traditionnel et ils les font danser au rythme fou des musiques ancestrales de l'île. Et quand je dis au rythme fou, je pèse mes mots. Cette danse est pire que faire un jogging de une heure à la vitesse d'un sprint. Ça saute, ça court, ça secoue, mais jamais cela ne danse... Et le pire c'est le costume. Une jupe lourde et plissée sur plusieurs jupons de la même longueur, un corsage blanc et fleuri, et un voile. Un voile noir à "poser" sur la tête et à garder en équilibre. Avec ma coupe de cheveux, c'est devenu un châle au bout de 10 minutes. Heureusement ils ne nous ont pas imposé les bas de laine, et j'ai pu garder mon pantalon en dessous. Et heureusement pour moi, les filles de l'île ne sont pas très minces, et je suis rentrée dans le costume de mon hôte. Par contre, elles ne sont pas très grandes, et avec mon petit un mètre soixante-cinq, le corsage à manche longue m'a plié les coudes toute la soirée. Les garçons eux n'ont pas eu trop à se plaindre. Ils avaient juste à mettre un bonnet péruvien et un poncho. Qu'est-ce que j'aurai aimé être un garçon ce jour là ! En revenant du bal j'ai glissé sur un cailloux, j'ai fait un grand écart avec mes jupons, et mon pantalon s'est décousu dans tout son long. Heureusement (encore), mes hôtes avaient un peu de fil, juste ce qu'il fallait pour recoudre la couture démontée. Sur cette île, ils manque de beaucoup de choses de l'extérieur, parce qu'elle leur coûtent cher, alors comme c'était la rentrée des classes, j'ai amené des cahiers, des crayons, des livres, et parce que j'en ai marre de voir de jolie visages troués par l'absence de dents dans ce pays, du dentifrice et des brosses à dents. Mes hôtes ne s'en sont pas offusqués, mais en ont été surpris, et comme ils n'ont pas d'enfants qui soient en âge d'aller à l'école, c'est leur fille qui a récupéré le matériel scolaire pour ses élèves, des personnes âgées à qui elle apprend à écrire et à lire. J'ai partagé ma famille d'accueil avec les deux autres du groupe qui voyageaient seuls. Alan, un écossais de 26 ans, qui travaille dans une banque, et qui voyageait en Amérique du sud après avoir passé cinq mois à Mexico : pas bavard mais pas bizarre. Et Thierry, un breton de 41 ans, commerçant en article exotiques, et en voyage autour du monde pour trouver des objets rares, lier des contacts et ramener des stocks pour sa boutique. Ce dernier n'a pas arrêté de draguer notre hôte, Geinny (que j'ai appelé Jenny pendant 24 heures), jusqu'à lui demander son signe astrologique (un Lion et une Sagittaire... pourquoi pas !) et lui voler un bisous sur la joue à l'en faire rougir de honte. Mais je me suis franchement bien marée avec Alan et Thierry. Nous avons visité un temple du Soleil (il y en a partout), et le guide nous a fait marché trois tours autour du temple pour méditer. Vu que les anglais du groupe parlaient très fort, je n'ai pas trop eu l'opportunité de me recueillir. Mais cet endroit portait vraiment à la méditation. Tout ceci s'est passé sur l'île d'Amantanil, où nous avons passé la nuit après avoir visité les villages flottants fort connus de part le monde, pour être précisément flottants, et du nom de "Los Uros". Joli, mais saturé de ce que j'appellerai des "traditions touristiquo-lucratives". Le lendemain nous avons fait escale à Taquile, où ce sont les hommes qui tricotent, mais les articles tricotés coûtent deux à trois fois plus cher qu'ailleurs, sous prétexte qu'ils seraient meilleurs. Vous voyez le genre ! Je ne suis pas sure qu'ils aient célébré la journée de la femme à Taquile. De retour à Puno, j'ai mangé du poulet-frites, la spécialité culinaire du Pérou pauvre, comme partout ailleurs sur cette planète. Mais plus encore qu'ailleurs, car les pomme-de-terre sont endémiques du Pérou. Les gens des îles visitées sont végétariens, pas par choix, mais faute de viande et de possibilité d'élevage ! Et le lendemain, je suis partie en bus pour Cuzco, et là par la fenêtre du bus, j'ai découvert le Pérou. La face caché de Puno. Une décharge publique sur les rives du Lac Titicaca, du côté où les touristes ne vont pas. Des chiens errants et des enfants jouant dedans, à coté d'un homme y faisant ses besoins. Je me doutais bien qu'il devait il y avoir anguille sous roche, mais j'ai vraiment eu l'impression d'être Jim Carrey dans The Truman Show, quand il découvre que toute sa vie est une mise en scène télévisuelle. Nous avons fait escale dans une ville envahie par les pousse-pousse à vélo. A Iquitos plus tard je devrai découvrir les pousse-pousse à moteur, une vraie nuisance sonore et olfactive. Parfois au Pérou (en Bolivie, ils ont plus de fierté me semble-t-il), on a l'impression que le marchand qui vous aborde dans la rue pour vous refourguer un gant, un bonnet, ou une chaussette dont vous n'avez pas besoin, pleure presque pour vous convaincre. Ils ne vendent pas, ils mendient. Mais sur un ton qui fait peur la première fois. Va-t-il sortir son couteau, ou me jeter dans la boue ? Parce que ça, de la boue, y'en a partout à la saison des pluies : il y en a presque moins dans la jungle que dans les villes. Il faut bien plus de détermination qu'ailleurs, pour résister. Quoique je n'ai jamais revécu ce déjeuner sur les terrasses de la rue piétonne de Mendoza (Argentine), où un groupe d'une douzaine de mendiants étaient venus à ma table me demander de l'argent à tour de rôle jusqu'à envoyer leur mère pour m'insulter. Arrivée à Cuzco, un vrai bonheur. Je vous le dis. De toutes les villes que j'ai vues en Amérique du sud, c'est de loin la plus belle. Hyper touristique certes, mais magnifique. Elle d'ailleurs, attrayante en elle-même, pas seulement à cause de la proximité de machu Pichu. Et c'est rare que je trouve du charme à une ville. Je garde le souvenir de ses vielles bâtisses de pierres  grises et marrons, et les arcades de la place centrale, et ses rues pavées, et la pluie et ses lumières le soir. Un régal ! En plus j'y ai trouvé un super restaurant pas cher, et j'y ai mangé des choses typiques, et différentes de partout ailleurs. Je n'ai pas testé le cochon d'inde, la spécialité de l'endroit, mais sans regrets. J'ai été kidnappée à la station de bus par une jeune femme qui travaillait (soi-disant) pour l'hôtel auquel je voulais aller (le moins cher, encore), et finalement j'ai découvert qu'elle travaillait "avec" eux, et qu'elle avait une agence de tourisme. Elle m'a trouvé un billet d'avion pas trop cher pour Iquitos, et je lui ai acheté ses services pour aller visiter Machu Pichu. Vu que suis arrivée un samedi à Cuzco, et que je ne voulais pas perdre de temps (parce que dans mon esprit, il me restait peu de temps), j'ai opté pour la facilité. Dimanche, j'étais dans un bus à visiter d'autres ruines, incas et pré-incas, le guide a essayé de me refourguer pour moitié prix l'entrée d'un site archéologique, ce que j'ai accepté. B'en ouais !... c'est du fric qui ne permettra pas d'entretenir le site, mais c'est une économie de 5 dollars US. Dimanche soir, je prenais le train pour Agua Calientes (le village le plus proche de Machu Pichu), et lundi matin à l'aube, j'étais au cœur de Machu Pichu. Wouaw ! Je ne vous dis que ça. Ou plutot : WOUAOUUUU ! J'ai beaucoup marché le jour de Machu Pichu. Je suis montée en bus (c'étais inclus dans le tour, ce qui m'a évité deux heures de marche). Mais j'ai marché une heure jusqu'à la porte du Soleil, sur un petit sentier avec d'un coté la jungle et de l'autre un précipice de plusieurs dizaines de mètres. Le tout, c’est d'être bien réveillé et surtout pas bourré, parce qu'il n'y a pas vraiment de garde-fou. Et puis le chemin continuait, alors je l'ai suivi, me disant que c'était le sentier de retour à la cité de Machu Pichu. Mais non. Il existe un chemin de quatre ou cinq jours qui mène à Machu Pichu à travers la jungle et les sommets alentours. Ce chemin s'appelle "El Camino del...", devinez quoi ? "Camino del INCA", ou "chemin de l'Inca" si vous préférez. Ça aussi, il y en a partout au Pérou. Bref. C'est un trekking qui permet d'arriver à Machu Pichu en marchant sur le sentier d'accès des péruviens de l'époque.  Et bien j'ai tout simplement commencé à le redescendre, pendant une heure, sans savoir. Puis au bout d'une heure ça m'a fait tilt. Bizarre ! Je descends beaucoup. Bon d'accord, de la Cité à la porte du Soleil, cela grimpait un peu, mais c'est étrange que cela descende autant, et puis au bout d'une heure, je devrais apercevoir les premières ruines de la cité. A ce rythme là je me serai retrouvée à Cuzco en trois jours sans manger et sans boire, et probablement sans dormir aussi. Et là j'ai compris. Je suis revenue sur mes pas jusqu'à la porte dorée, puis suis retournée à la cité par là où j'étais venue. Au total presque 4 heures de marche fort sympathique, car la vue, du haut des montagnes, et entouré de la jungle, et au milieu des brumes matinales : un délice. Puis j'ai rejoint à 11h le guide qui devait me présenter l'histoire du site. Deux heures de visite fort intéressante, et d'autant plus captivante que Willy, le guide, avait des talents de poètes. Son débit, et certaines phrases récurrentes, plus quelques rimes (en espagnol, la visite), et il m'a fait pensé, sinon à un slameur, en tout cas à un bon professeur. Et heureusement, il a finit sa visite à 13h30, car 14h était la dernière limite pour passer le contrôle à l'entrée d'une autre marche que je voulais faire : l'ascension du Waina Pichu. Machu Pichu a été ainsi nommée par l'états-unien qui l'a découverte, car en réalité on ne sait rien, ou très peu, des gens qui vivaient dans cette cité, abandonnée avant l'arrivée des conquistadors. Et non pas, ultime refuge des Incas comme l'a pensé d'abord cet explorateur états-unien, qui a semé la pagaille pas mal d'années, dans la compréhension de l'histoire des Incas, par ses déductions hâtives. Machu Pichu a été construite par on ne sait quelles prouesses techniques, au sommet d'une montagne au coeur de la jungle péruvienne, et autour, il y a d'autres sommets, dont un sur lequel on trouve aussi quelques habitations, et un immense escalier abrupte qui y monte : c'est le Waina Pichu. Et comme certains n'en reviennent pas, ayant glissé sur une pierre mouillée de l'escalier avec leurs escarpins, il faut inscrire ses noms et numéros de passeport, le tout avec signature à l'entrée et à la sortie, avec heure d'entrée et de sortie, histoire qu'on sache au moins le nom de celui qui a disparu... Waina Pichu c'est 300 mètres d'escalade balisée. Une heure d'ascension à la vitesse de Charlotte qui est dans la moyenne : les personnes âgées mettent deux heures, et les gens du pays une demi heure (5 minutes pour les vantards). Et arrivé là haut, je n'étais même pas essoufflée, car j'avais vraiment pris tout mon temps. Mais en montant, arrivée à la moitié à peu près, j'ai eu un doute. Suis capable d'aller plus loin? Et puis j'ai croisé un jeune argentin. Il a du voir que j'étais sur le point d'abandonner (il y en a beaucoup qui essayent et qui abandonne), et il me dit : " Ne t'en fait pas ! Tu vas y arriver parce que moi à ce niveau j'étais mort de fatigue, complètement essoufflé et démotivé, j'ai continué et j'y suis arrivée. Tu as l'air en bien meilleur forme que moi, et moi je devrai arrêter de fumer." Je ne sais pas comment il s'appelle mais je dois lui dire merci. Parce qu'en effet ce n'était pas insurmontable. C’est juste une sorte d'épreuve psychologique. Qui a la motivation pour monter Waina Pichu, et non pas qui a la force et le souffle. Petite précision. Le site de Machu Pichu est en altitude, mais au dessous des 3000 mètres, on a pas de problème d'altitude, mais le climat y est tropical et il y fait parfois franchement chaud entre deux grains de pluies. Je suis restée 15 minutes au sommet du "monde" à contempler, et à prendre des photos, pour une fois, et je suis redescendue, en 45 minutes chrono. A mon retour au village d'Agua Calientes, je suis allée prendre un bain d'une heure dans les eaux thermales, même s'il pleuvait des trombes. Puis après un bref dîner je suis allée me coucher, heureuse. Si jamais un jour vous allez à Machu Pichu, ne croyez pas ce qu'on vous dit. Pas besoin de 150 dollars pour visiter Machu Pichu. Bon d'accord. Le prix d'entrée du site archéologique a doublé. Cela coûte 20 $US par touriste, 10 $US pour les étudiants, et il y a un prix encore plus bas pour les péruviens. Mais le plus cher, c’est de faire ce que les gens mal informés font : prendre le train de Cuzco à Agua Calientes (seul moyen de transport) qui coûte 54 $US aller-retour. Parce que la ligne a été privatisée et appartient maintenant au chiliens ou aux anglais, je n'ai pas réussi à distinguer la vérité entre ces deux versions. Alors qu'il est possible de prendre un bus jusqu'à un village qui s'appelle Oyantaitamba = 10 sols (soit moins de 2,85 US$), aller-retour de Cuzco, puis le train de nuit, de Oyantaitambo à Agua Calientes pour 28 $US, soit une économie de 23 US$. Puis à Agua Calientes, il y a des hôtels à 15 sols. Vous n'êtes pas obligé de manger dans le restaurant hyper cher à l'entrée du site archéologique, et vous pouvez amener votre sandwich et votre eau minérale pour la journée. Vous n'êtes pas non plus obligé de monter en bus de Agua Calientes à Machu Pichu : il y a un sentier, deux heures de marche pour monter. Car le bus aller-retour vaut 9 US$. Ou alors vous le prenez pour monter, et vous descendez à pied. Ce que j'ai fait. En tout cela ferait donc : bus Cuzco-Oyantaitamba aller-retour + train Oyantaitambo-Agua Calientes aller-retour + deux nuits d'Hôtel (parce qu'avec le train de nuit, il faut arriver la veille et repartir le lendemain) + bus pour monter d'Agua Calientes à Machu Pichu + entrée plein tarif de Machu Pichu (moi je les ai roulé avec une carte d'étudiante internationale périmée depuis deux mois) + un bain dans les thermes (5 sols = 1,45 US$) = 65,35 US$ sans les repas. On est loin des 150 ou 130 $US dont vous parlerons les tour operators pour vous vendre leur excursion à 75 US$ (avec entrée étudiante à Machu Pichu, et n'incluant pas le bain). Exactement identique à ce que vous ferez seuls. Je me suis faite avoir de 10 dollars. Le bénéfice de l'agence, par touriste pressé qui ne prend pas le temps d'analyser la situation. Et d'ailleurs, je ne suis pas sur de m'être faite arnaquée, car mon excursion incluait aussi le prix des deux guides, celui d'Oyantaitambo (que j'ai visité sur le chemin aller), et celui de Machu Pichu, et je me suis laissée dire que celui de Machu Pichu gagnait 5 US$ par tête (de touriste). Ce qui réduit considérablement la marge de l'agence de tourisme. A moins qu'ils aient des astuces et des ristournes qu'un touriste seul ne peut pas obtenir. Enfin bref. Je ne suis pas trop perdante. Mais maintenant que j'ai analysé la situation pour vous, ne vous faites pas avoir. Bon maintenant, 65 US$ cela reste cher (pour 1 jour et 2 nuits). J'ai payé 95 $US pour visiter quatre jours l'Alti Plano bolivien et le salar d'Uyuni en 4x4, et absolument tout inclus ! Machu Pichu c’est le plus cher que j'ai fait. Mais franchement, ça en valait la peine. Et j'y retournerai bien. Il y a une autre marche de deux heures, qui va jusqu'au temple de la Lune, dans la même direction que Waina Pichu. Quand je suis redescendue de Machu Pichu à pied, il y avait un petit garçon qui faisait la course avec le bus des touristes partants. Il faut dire que le bus passe par une route en lacets particulièrement longue, et que le sentier des piétons descend à pic, et à chaque tronçon des deux parcours qui se croisent, il arrivait avant le bus et criait pour que les touristes le voient. Des touristes que j'ai croisé après, et qui étaient dans le dit bus, m'ont dit qu'à la fin il était monté dans le bus, et avait fait la quête parmi les passagers, et que tout le monde avait donné de bon coeur au petit garçon en sueur tant ils avaient rit. Le seul point noir de ces un jour et deux nuits à Machu Pichu c’est l'hôtel où je suis restée. Hyper bruyant, ma chambre donnant sur la rue avec une porte condamnée sur la rue à laquelle les passants saouls s'amusaient à frapper. Et puis la jeune fille de l'hôtel a oublié de me réveiller les deux jours. Heureusement mon horloge interne est toujours ponctuelle. Le premier jour ce n'était pas bien grave, mais le deuxième j'aurai pu rater mon train de retour. Et puis le petit déjeuner inclus était franchement dégueulasse, et heureusement, le gars s'en ai aperçu (que cela ne me plaisait pas), et le soir il m'a offert Pisco Sour à volonté (boisson alcoolisée, à base d'alcool de sucre de canne péruvien, le Pisco, mixé avec du blanc d'oeuf, du jus citron et du sucre : miam, miam !). Je crois que je suis en train de m'initier dangereusement aux alcools forts : entre la Caipirinha et le Pisco Sour... Le point sympathique, c’est que j'ai fait le trajet en train aller avec un groupe d'étudiant en cinéma argentins, et deux amis états-uniens, Mary and Scott, fort sympathiques, et qu'au retour je me suis retrouvée assise à côté des mêmes Mary and Scott (qui travaillent dans une compagnie aérienne et voyageaient au Pérou pour leur courte et unique semaine de vacances). Presque partout, je n'ai cessé de recroiser le même cubain, dont j'ai oublié le nom, et avec qui j'ai parlé musique de longues heures en attendant le train aller. Et de retour à Cuzco au petit matin Mary, Scott et moi avons projeté de déjeuner ensemble à midi, mais ils m'ont laissé un mot à leur hôtel comme quoi ils devaient partir pour Lima, leur avion pour les USA partant le lendemain. De Cuzco, j'ai posté mon quatrième colis, avec tous mes vêtements chauds. Il ne me reste plus que 7 ou 8 kg à porter, suivant qu'il y a de l'eau dans ma gourde ou pas. Puis le lendemain, mercredi, je suis partie en avion pour Iquitos, avec une correspondance de presque quatre heures dans l'aéroport de Lima. Je ne connais pas Lima mais je connais son aéroport. Et encore une fois j'ai voyagé avec un groupe de français dépassant la cinquantaine. Bonjour les commérages et l'hypocrisie. Claudine fait des compliments à Marie-Paule : "Qu'est-ce qu'elle est jolie ta broche en forme de lama !", et quand cette dernière tourne le dos elle la démolie, "Quelle horreur ces broches ! C'est d'un kitsch !". Et Marie Paule qui revient : "Si vous en voulez, il y en a des identiques dans la boutique là bas, un peu plus chers, mais pareils". Et Claudine tout naturellement : " Ah ! Vous êtes bien aimable..." Et patati et patata... Je me demande comment ils font pour vivre avec tant de conventions et d'hypocrisie. C’est un degré de sociabilité que je ne pourrai jamais atteindre. A l'aéroport de Cuzco, j'avais oublié mon couteau dans mon sac à main. Il a fallu rechercher mon sac à dos en route pour la soute pour l'y mettre. Heureusement (le énième heureusement de cet email), c’est un tout petit aéroport, et le gars de service à fait à peine 30 mètres pour retrouver mon sac-à-dos. Arrivée à Iquitos, bonjour la bouffée de chaleur. Déjà Lima c'était chaud par rapport à Cuzco, mais Iquitos c'était pire. J'ai pris une moto-taxi pour rejoindre le centre, et tout naturellement le chauffeur connaissait un ami qui avait une agence qui pourrait m'organiser un tour dans la jungle. Il connaissait aussi quelqu'un qui pourrait me fournir de la marijuana, si je voulais... "Les touristes qui viennent par ici aiment bien prendre des drogues, que ce soit de la marijuana ou de la cocaïne", dit-il. Pour la cocaïne il ne connaît personne par contre, mais il a un ami qui doit savoir... Quel dommage ! C’est justement de la cocaïne que je voulais prendre. Que les naïfs se rassurent, je ne m'intéresse pas aux drogues chimiques et artificielles, surtout quand on sait comment elles sont fabriquées... Bref. Il me dépose à l'hôtel le moins cher avec vu sur l'Amazonie, que je n'ai pas prise parce que plus chère, mais j'ai eu vue sur la rue du marché de Belem, remplie de motos-taxis... Très chouette. Sale, mais chouette. Et puis, il m'a emmené voir son ami de l'agence de voyage. Je suis arrivée à 17 heures à Iquitos. A 19 heures j'avais signé et payé mon excursion de cinq jours dans la jungle. Ne jamais faire ça ! Il y a un office du tourisme qui donne des renseignements sur les guides et les agences, s'ils sont fiables ou pas, s'il y a eu des réclamations ou pas. Et puis, c'est toujours mieux d'en prospecter plusieurs avant de choisir. J'ai eu un doute au moment de sortir mes dollars, mais mon intuition m'a dit que je pouvais y aller. Et puis ils m'ont fait un super prix. Mon guide parlait de 60 US$ par jour et par personne, négociable à 40 US$ sans hébergement, et ils m'ont fait 25 US$ avec hébergement. Ce super prix aurait du me faire douter aussi... Mais tout ça j'y ai pensé après. Apres être retournée à l'hôtel, quand le propriétaire de l'hôtel m'a dit que je n'aurai jamais du faire ça aussi vite (ce pour quoi il avait complètement raison), et que si j'avais un quelconque problème de le lui dire, et de lui laisser les coordonnées de ma famille au cas où je ne reviendrai pas (parce que cela est déjà arrivé, des touristes qui disparaissent avec des guides inexpérimentés, et que l'on retrouve mangés par les piranhas, ou dans le ventre d'un anaconda de quatre mètres...).  Il m'a fait carrément flipper ! Je n'ai pas fermé l'oeil de la nuit pensant à toutes les éventualités. Pas celles de la jungle, parce que d'elle je ne craignais rien. Mais celle de l'arnaque. Le gars de l'agence aurait pu être un super acteur, et l'agence ne plus exister le lendemain, le filou disparaissant avec mes 125 dollars dans la nature. Et le lendemain matin, quand j'ai vu qu'il tardait à venir, j'ai commencé à y penser sérieusement. Peut être ne viendra-t-il jamais ! Finalement il est venu. Je suis allée en bateau avec trois autres touristes (hollandais) jusqu'au campement, et là j'ai retrouvé celui qui aura été mon guide personnel pendant cinq jours : Christopher, avec qui j'ai franchement bien rigolé, et dont je pourrais écrire un livre sur sa vie, tant c’est une pipelette hyper sentimentale, qui confie ses anecdotes les plus intimes (et les plus valorisantes bien sure) au premier venu. Bref. En cinq jours, je n'ai pas qu'explorer la jungle, j'ai aussi pu observer de très près l' "homme de la jungle", ses peurs, ses expériences, ses rêves, ses opinions, ses qualités et ses défauts. Et le mieux c'est qu'il n'y avait pas un, mais quatre guides dans ce campement. Je n'ai pas beaucoup connu Walter, parce qu'il était plutôt discret, et pas vantard du tout, mais je suis allée à la pêche aux piranhas avec Ricardo, le guide stagiaire, et je me suis jointe au groupe de Juan Carlos, le guide "mythique" pour les deux derniers jours (avec son groupe de trois allemands). Je dis le guide mythique parce que j'avais entendu parler de Juan Carlos par ci, et Juan Carlos par là, pendant au moins deux jours avant qu'il n'arrive au campement avec son groupe. C’est le mentor de Ricardo. Il n'a que quelques années d'expérience (il a 28 ans), mais il paraît qu'il a une mémoire extraordinaire (il connaît énormément de noms d'oiseaux, et en trois langues : espagnol, latin et anglais), et qu'il aime tant les reptiles, que quand il voit un anaconda de quatre mètres, il saute dans l'eau pour le capturer et le montrer aux touristes, et pareil avec les caïmans. Bref, je n'imaginais pas un jeune blanc bec de 28 ans aux descriptions qu'on m'en avait faite. Car Juan Carlos, tout comme Christopher, parle beaucoup de ses exploits (Juan Carlos plus de ses exploits dans la jungle, et Christopher plus de ses exploits sexuels, certes). Et du coup, quand je l'ai vu débarquer avec ses grands sabots, j'ai rigolé intérieurement, mais quand je l'ai vu sauter sur les caïmans, je me suis juste dit qu'il était un peu fou. Je lui ai dit que je ne trouvais pas ses démonstrations de force avec la nature, très intelligentes, mais j'étais quand même un peu impressionnée. Et puis il connaissait le nom de toutes les brindilles d'herbe que je lui montrais, et de tous les oiseaux de toutes les couleurs que nous rencontrions... Parce que bien sure j'ai cherché à tester ses connaissances par rapport à ce que j'avais retenu de mes premières sorties avec Christopher. En gros, il n'était pas, contrairement à ce que je croyais, comme les frites Mac Cain : c'est ceux qui en parle le plus qui en mangent le moins... Il était à la hauteur de sa réputation. Mais bon. Ricardo en fait un peu trop tout de même dans sa façon de le vénérer. Enfin. Je ne suis pas allée dans la jungle pour écrire une thèse en ethnologie sur les guides péruviens. J'ai aussi découvert la jungle, ses oiseaux, ses insectes, ses plantes médicinales, ses singes. J'ai pêché le piranha trois fois, mais n'ai sorti de l'eau que des sardines (piranhas végétariens), qui curieusement ont mordu à l'hameçon malgré l'énorme bout de viande accrochée dessus. Mais ça, je ne peux en vouloir à personne, car il semblerait, qu'en cette saison, l'eau soit trop haute pour pêcher le piranha. J'ai pu observer de près et de nuit les caïmans, de jour les anacondas, et j'ai eu beau chercher les pumas, ils ont visiblement peur de moi. J'ai passé quatre nuits de sommeil extraordinaire, en plein air, dans un lit et sous une moustiquaire, mais dans un abri sur pilotis. Le pied. J'ai aussi super bien mangé (le cuisinier gay était un vrai cordon bleu). J'ai assisté aux matchs  de foot touristes et guides contre villageois, au village d'à côté. Les villageois ont gagné. Et j'étais la seule à avoir parié sur eux. J'ai parié 2 sols, et j'en ai gagné 10, que j'ai redonné au chef du village pour qu'il s'achète un meilleur ballon de foot, ou du moins une pompe, parce que leur ballon ne rebondissait pas beaucoup. Je suis sure qu'ils ont bu mes 10 sols en une soirée, vu comment ils étaient bien imbibés quand ils ont joué, mais bon. Le bras de rivière que nous avons exploré à partir du campement était constamment encombré de végétation (qui descend le fleuve à la saison des pluies), et avec le bateau à moteur, nous sommes restés bloqué souvent. J'ai vu un charpentier fabriquer un canoë à la hache et au coutelas dans un troncs d'arbre : impressionnant ! J'ai appris à pagayer façon Amazonie et en cinq jours, je suis devenue une pro aux dires de Monsieur Juan Carlos qui m'a jugée meilleure que Ricardo... J'ai fait une compétition de natation avec les guides et je les ai tous battus à plates coutures. J'ai des restes ! Mais pour la compétition d'apnée, j'étais pas à la hauteur : Christopher est resté plus de deux minutes. Il faut que je m'y remette. J'ai appris à jouer un jeu de carte anglais super sympa avec les hollandais. J'ai noté les règles pour ne pas oublier. J'ai assisté à une cérémonie religieuse avec un chaman et j'ai bu du waskal (drogue hallucinogène utilisée pour avoir des visions). Pour cela il a fallut que je fume : mes premières bouffées de tabac de ma vie. Tabac naturel, mais beuark ! Le waskal n'a pas fonctionné. J'en ai pris deux fois la dose, et je n'ai rien vu, sinon le beau visage du chaman quand il rallumait la pipe, et les étoiles dans le ciel par cette belle nuit sans lune. Cette drogue est censée provoquer diarrhée et vomissements : j'ai juste vomis tout le waskal que j'avait bu. Ça m'a un peu retourné sur le moment, comme quand on vomit, mais le lendemain je pétais la forme ! Juste un peu déçue. Et le dernier jour, j'ai assisté au premier jour du carnaval au village avant de rejoindre Iquitos : bataille de boue et d'eau (on était tous dégueulasse pour retourner à la ville), deux grands mats de cocagne au milieu du village, et de la musique un peu binaire, à base de percussions et de flûtes. J'ai dansé avec le cuisinier gay et dans le bateau, sur le retour, on a fini par une bataille d'eau, parce qu'on était couverts de boue. Voilà. Et maintenant je parle de vivre dans la jungle. Pas parce que je me suis bien amusée pendant ces cinq jours, mais parce que je ne me suis jamais sentie aussi bien dans ma peau que depuis que j'ai fait ce séjour. J'ai le sentiment d'être entière et moi même, comme cela ne m'était pas arrivé depuis longtemps. De retour à Iquitos, j'ai trouvée un message de mon amie espagnole comme quoi elle ne me rejoignait pas comme prévu à Iquitos, mais qu'on pouvait se retrouver à Manaus, parce qu'elle était en Bolivie, et à 300 US$ en avion de Iquitos. J'ai donc pris le bateau suivant pour Tabatingua, deux jours et deux nuits de voyage. Dans ce bateau, j'ai rencontré Kinver et Tania, un couple de péruvien de mon âge. Nous sommes restés une nuit à Tabatingua (au Brésil), et avons visité Leticia (en Colombie) en mobylette louée : première fois que je conduis une mobylette 100 cm3 à quatre vitesse... il faut vraiment que je passe mon permis moto ! Et Kinver et moi avons pris le bateau pour Manaus le jour suivant, parce que sa fiancée Tania ne faisait que l'accompagner, lui, allant chercher du travail à Manaus. Tabatingua-Manaus : quatre jours et trois nuits. Dans un bateau hyper luxueux : on dormait en hamac, mais la salle du pont supérieur était climatisée, et les repas plutôt bons (même si c'était presque toujours la même chose), les toilettes avec du papier toilette, et les douches très propres, les télé fonctionnaient, et ils ont même passé des vidéos. Le grand luxe par rapport au Pérou ! Demain l’espagnole, Eliane, me rejoint ici, et nous partons direct pour Belém en bateau : trois jours et deux nuits de plus. Voyager en bateau sur l'Amazonie, cela peut paraître hyper ennuyeux et monotone, mais c'est le moment idéal pour se recueillir, et faire le bilan, en cette fin de voyage. Le seul truc, c’est que les trajets sont bien plus courts que ne me l'avaient dit ceux que j'ai rencontrés et qui l'avait déjà fait, plus court que ne le disent les guides, et plus courts que je ne l'avais pronostiqué. Conclusion, j'aurai descendu l'Amazonie en onze jours (départ le 5 mars de Iquitos, arrivée le 16 mars à Belém), et du coup cela me fait quinze jours ou presque de rab pour mieux connaître le delta de l'Amazonie, ou la Guyane Française. C'est à voir. Je crois que cette fois j'ai rattrapé tout mon retard. Il faut dire que ce mois écoulé sans beaucoup écrire, j'ai écrit d'autres choses, des débuts de romans, des nouvelles, et des impressions personnelles, très personnelles, que jamais je ne révélerai dans un email, et que d'autre part, j'ai voyagé relativement vite, mais que tout ce que j'ai vu était si merveilleux, et me suffisait largement, sans que j'ai besoin d'en parler. J'ai compris encore une chose sur moi : je suis quelqu'un de superficiel. Et là, tout ceux et celles à qui j'ai pu reprocher ce défaut doivent bien rigoler. Non pas que je sois matérialiste, consumiériste, ou quoi que ce soit d'autre qui ait un rapport avec faire du shopping, passer son temps à se fringuer, ou se maquiller, et critiquer les moeurs de ses con-soeurs sans leur arriver à la cheville. Je suis superficielle dans mes sentiments. Je me suis tellement bien adaptée au mode de vie nomade (dont je jugeais les relations affectives trop superficielles, au début de mon voyage et jusqu'à il n'y a pas si longtemps que ça), que je me rends compte que c'est tout à fait moi. Etre capable de s'intéresser à tout le monde, en apprécier beaucoup (de ce monde), s'attacher à peu d'entre eux, et aimer "vraiment" rarement, le tout avec une distance suffisante pour donner et partager quand je veux et ce que je peux, recevoir quand il faut, quitter sans pleurer, ni jamais regretter, et retrouver avec plaisir. Je parle d'amitié bien sure. En amour, c'est une autre paire de manches. Ce qui explique que je n'ai pas besoin de m'attacher à un endroit ou à une communauté, peut-être. Je peux être chez moi n'importe où. Allez. Je m'arrête là. Je ne sais pas quand sera la prochaine fois. Mais croyez moi, je ne vous épargnerai pas. Merci de me lire, encore et toujours, Chà ! PS : les heures que je passe à tchatcher sur Internet avec un certain nombre de personnes auxquelles je tiens, sont certain un contre-exemple à la démonstration que je viens de faire de ma superficialité. Mais l'Homme n'est-il pas un animal complexe ?
>>> Photos illustratives du paragraphe sur Markie Mark supprimée du texte mais si vous voulez vous rincer l'oeil vous n'avez qu'à taper Mark Walberg ou Markie Mark ou NKOTP sur Google Image...