Dimanche 19 janvier 2003, Ushuaïa, Tierra del Fuego, Argentine.
Oups ! Désolée pour le précédent message #30 tout vide : c'est dire mon degré d'énervement. Je n'en peux plus. Non pas de voyager, ni de la solitude, ni de parler espagnol (même quand j'essaye de parler français avec un francophone, c'est l'espagnol qui vient). Je suis en train de vivre la plus grande déception de mon voyage : Ushuaïa, le bout du monde, et toute la France ici.
Et là, je maudit Nicolas Hulot d'avoir appelé son émission de reportage de ce nom, car je suis sure que sans lui, il y aurait moitié moins, sinon pas du tout de français ici, au bout du monde. Je suis dé-gou-tée ! Dans l'avion il y avait au moins 25 français sur 150 (j'en ai compté 25 mais peut être y en avait-il plus). Et que des touristes du genre très riches, qui font le tour du monde en avion et en un an, ou qui viennent passer le week-end au bout du monde. Après l'épreuve des bus de retraités français à Puerto Madryn, c'est trop pour moi. C'est le genre de touristes qui traversent les paysages-cartes postales juste pour y planter le drapeau tricolore et les armoiries de leur familles, du genre qui se sont tout équipé fringue d'aventure chez Lafuma avant de partir, ou pire, qui porte de la fourrure. Qui parle en français très fort dans la rue, histoire de signaler leur présence étrangère. Je déteste ça. Veuillez pardonner mon intolérance, mais j'ai honte. Je vais péter les plombs.
En plus c'est mission impossible de voyager à son rythme en improvisant ses déplacements et sa destination, en Patagonie, en été. Tout est complet, et pour une place dans un bus il faut réserver une semaine à l'avance. J'avais commencé à planifier la suite de mon voyage et à faire des réservations dans les auberges de jeunesses patagonnes (ce qui est contre nature pour moi), mais ce serait un marathon pour visiter les parcs nationaux et faire les randonnées que je veux.
En ce moment je penche pour un changement de stratégie (un énième, mais il n'y a que les "imbéciles" qui ne changent pas d'avis). Je ne vais pas aller au Chili (de toute façon c'est trop cher). Je vais continuer à voyager avec mes désirs, mes impressions, en improvisant, comme je l'ai fait jusqu'ici. Je ne peux pas endurer le stress d'un voyage organisé, rien que d'y penser j'ai la gerbe et mal au crâne.
Je n'irai pas à Torres del Paine, je n'irai pas à Perito Moreno, je n'irai pas à Fitz Roy, je n'irai pas voir les Sept Lacs, je n'irai pas goûter les chocolats de Bariloché. J'irai juste à El Bolson toucher la glace bleu du Hielo Azul, parce que mes amis Mélina de Buenos Aires et Leonardo de La Plata y sont tous les deux allés et qu'ils me l'ont recommandé. Puis je vais retourner en train à Buenos Aires, et à La Plata pour les voir, puis à Tucuman peut-être pour revoir Anna, mon amie éleveuse de mouton rencontrée à la Quiaca, sa famille, et sa voisine poétesse, puis je fait un crochet en Bolivie pour rejoindre le Pérou, j'y reste jusqu'au dernier moment, pour embarquer début mars sur le bateau qui descend le Rio Amazone jusqu'à Macapa, puis retour en avion à Cayenne, et retour en avion en Gwada.
Je vais ainsi voir les gens que j'aime bien, éviter les touristes, et la Patagonie de toute façon j'y reviendrai. J'adore l'Argentine (avant de partir je savais déjà que j'adorerai). J'y reviendrai, pour y vivre et y travailler, et je visiterai la Patagonie hors saison. Voilà mon état d'esprit actuel.
Ici il pleut et ce n’est pas plus mal. Ushuaïa et ses maisons de toutes les couleurs sous la pluie, c'est très romantique. Dehors il fait six degré celcius. J'adore. J'ai téléphoné à l'instant à l'amie d'une amie de mes parents qui vit ici : elle m'a invité chez elle. Les gens sont comme ça ici. J'aime ça. ¡ Hasta pronto chicos ! Chà ! (Un peu sur les nerfs mais maintenant ça va mieux...)