Vendredi 27 décembre 2002, Mendoza, Argentine.
AVERTISSEMENT : que ceux que "le débat" n'intéresse pas, ne lisent pas ce mail. Il ne s'agit que de ça ! Je publie ci dessous la réponse de Chawlie à ma lettre # 23. Je lui dois bien ça, étant donné que je n'ai visiblement pas compris la moitié des choses qu'il a voulu exprimer. Aussi pour qu'il soit entendu, et que cela ne reste pas un dialogue de sourd, et qui plus est, partial puisque j'en suis seul arbitre : je publie ce qui pourrait s'apparenter à un droit de réponse.
La difficulté de la communication épistolaire : elle ne permet pas de percevoir toutes les variations de ton, et les intentions, à moins d'être Voltaire ou Montesquieu, grands maîtres de l'ironie politique en leur temps. Et, de même que je n’ai pas compris ce qu’a voulu exprimer Chawlie, il n'a pas compris le mode sur lequel je lui ai répondu. Je ne me suis aucunement sentie agréssée de ta réponse, Chawlie ! Don't worry. Mon ton est toujours exagéré, mais c'est de la rhétorique.
Je réponds donc rapidement à tes 7 (quel beau chiffre) remarques à la suite de ta lettre... En tout cas, je te remercie beaucoup de t'investir autant dans ce débat qui me tient à cœur, et j'aime que les choses soient claires entre nous.
« Salut Miss,
Je me doutais un peu de ta réponse, mais encore une fois, mille excuses si tu t'es sentie agressée par ma lettre.Cependant, je tiens à rectifier certains points qui, il me semble, n'ont pas été bien compris (je reconnais également que ma façon d'écrire n'est pas toujours très compréhensible).
1°) Mon but n'est pas de chercher à te cerner, d'abord parce celle que tu as été il y a quelques années, n'est pas du tout celle que tu es maintenant, et je pense que tu ne seras pas la même personne dans quelques années. Tout ce que j'ai retenu, c'est que à l'heure actuelle, tu es 100% humaniste, et ça me suffit pour comprendre ton mode de pensée du moment.
2°) Dans ta lettre précédente, tu reprochais aux argentins de manifester et de ne rien faire (de ne pas faire la révolution), ce à quoi je t'ai répondu (en étant à la place des argentins), que nous français avons aussi manifesté, beaucoup parlé, avons "voté utile" (sauf moi), ET RIEN N'A CHANGE. Et toi, tout ce que tu as retenu, c'est que je te donnais des leçons. Ça, c'est vraiment ce que j'appelle faire avancer un débat à la politicienne. Je ne te reproche pas d'avoir fait tout ce que tu as fais pour exprimer ton mécontentement vis-à-vis de l'évolution politique aux autres en France. Ce que voulais simplement te faire comprendre c'est que l'on se retrouve dans le même cas que ces argentins, de choisir par défaut ce qui est "le moins mauvais". Et finalement, la vie continue, et ils continuent en ignorant (ils ont suivi ton conseil je crois) sournoisement cette protestation populaire. Malheureusement, tu ne l'as pas compris ainsi. Tant pis : cela m'apprendra à ne pas bien m'exprimer.
3°) Quand j'ai affirmé que ce monde était égoïste, je parlais d'une mentalité générale, et donc, d'une part quelques exceptions ne peuvent que confirmer la règle, et d'autre art, je ne me suis pas arrêté à un niveau socio-économique (comme tu le penses) pour constater cela. L'égoïsme culturel, spirituel, intellectuel, etc. ... ça aussi c'est de l'égoïsme.
4°) Ce serait faux de croire que les gens n'ont pas de rêves ou nient qu'ils ont des rêves, des buts. Presque tout le monde a eu des rêves, et sûrement beaucoup en ont encore, mais tu oublies qu'il y a ceux que j'appelle "les briseurs de rêve". Il ne suffit donc pas d'avoir un rêve pour le réaliser, il faut parfois se battre contre tout un système (de pensées, culture, de mentalité, financier...), et nombreux sont ceux qui ont été emportés par la vague. Il ne faut pas l'oublier je crois.
Mais je suis d'accord avec toi, il faut rêver, mais plus, il faut marcher vers ce rêve, faire tout ce qui est possible pour y arriver, car je crois qu'une vie sans but, c'est pire que la mort. Pour ma part, j'ai un rêve et je suis prêt à mourir pour ce rêve (d'ailleurs, je suis sûr que j'y arriverai avant).  Soit dit en passant, des rêves égoïstes, ça aussi ça existe...
5°) Passons à l'histoire du vote. Je suppose que tu me considères comme quelqu'un de bien. Par conséquent, je crois que tu me places (cf. ta lettre) parmi ceux à qui tu reproches de ne pas être allé voter. Alors laisse-moi te répondre, mais cette fois-ci en mon nom : à moins que je ne me trompe, le vote est avant tout un DROIT, et non un DEVOIR. Même s'il a été acquis au prix d'un sang versé énorme, cela reste un DROIT. J'ai le DEVOIR de respecter mon prochain, de ne pas violer les lois civiles, de payer mes impôts (même si ça fait mal), d’honorer mes parents, de pourvoir aux besoins de ma famille, etc... Mais j'ai le droit au travail, à l'expression, d'avoir des convictions, et plein d'autres choses. Ce qui distingue le droit du devoir, c'est que je suis obligé de faire mon devoir, mais j'ai le libre arbitre d'exercer ou non mes droits. Le vote c'est un droit qui est censé caractériser une démocratie (à quelques exceptions près, j'y reviendrai plus tard.)
Mais qu'est-ce une démocratie encore ? C'est un régime politique où le pouvoir appartient au peuple. Ce peuple est censé choisir (au moyen du vote), un groupe de représentants qui feront au mieux pour accomplir au mieux les aspirations du peuple. En d'autres termes le vote permet de choisir le groupe de personnes dont le projet répond au mieux aux aspirations que l'on a. Et bien pour ma part, s'il faut choisir entre le mauvais et le pire, je préfère encore ne pas exercer mon droit de vote (ou ignorer, c'est selon le contexte). Mon cri est plutôt du style:"Messieurs les politiciens, aller revoir votre copie, ce que vous me proposez ne me convient pas !!".
En allant jusqu'au bout de la réflexion, je n'aurai pas voté blanc ou nul, mais bon d'abord, je ne m'en suis pas donné le temps (le Dimanche, je suis pas très dispo), ensuite j'ai constaté que, le taux d'abstention interpellait plus les gens, que le taux de bulletin blanc ou nul. Tu remarqueras, au passage, que le taux d'abstention  a été plus important au premier qu'au deuxième, et même pire lors des élections législatives. Récemment, il y avait des élections, dans je ne sais plus quelle démocratie, mais le taux d'abstention était tel que le scrutin  a été invalidé. Je ne sais pas le pourquoi du comment, je ne sais pas si cela a, ou va déboucher sur quelques chose, mais une chose que ces gens ou compris, c'est qu'ils ont le droit de refuser de choisir à quelle sauce ils vont être mangés. Une démocratie qui régresse, ce n'est pas lorsque qu'on ne vote pas, c'est plutôt lorsque le pouvoir appartient de moins en moins au peuple (là je parle pour moi). Toi même tu te contredis, tu crois à la démocratie, et en même temps tu ne penses pas que le gouvernement pourra changer les choses, tu appelles même à les ignorer (cf. ta lettre). Pourtant tu accordes de l'intérêt à ce qu'ils disent ou proposent en leur accordant ta voix (ton bulletin de vote). Sûrement a-t-on oublié ce que signifie voter, alors je tiens à le rappeler : c'est choisir le groupe de personnes qui décide de l'avenir de tout un peuple (du mien entre autre), pour les prochaines années, et cela ne peut s'arrêter en aucun cas à faire barrage aux autres groupes. Dans le cas contraire, la démocratie a bien changé, mais c'est moi qui parle encore une fois. Le vote est très important : c'est pourquoi je ne peux pas me permettre de donner ma voix à n'importe qui, pour faire n'importe quoi (parce que pour moi, un gouvernement qui ne va pas changer les choses, c'est un gouvernement qui va faire n'importe quoi).
Je ne t'ai même pas parlé de ces merveilleux pays où les gens exercent pleinement leur droit de vote (Cuba, Irak et autres). Tout est relatif tu vois. Mais je vais te rassurer sur un point : je ne suis pas pour l'anarchie, et je crois encore dans la démocratie, encore faut-il que le peuple, et encore plus, ceux qui les dirigent, sachent où ils vont...
6°) Si tu relis ma précédente lettre tu verras que je disais que la pire des choses à faire étant de ne rien faire. J'espère que je t'aurai montré, que ne pas voter, ce n'est pas ne rien faire (si du moins, c'est la raison pour laquelle tu m'accuses d'immobilisme). Une révolution, cela ne se fait pas en prenant des armes (preuve que tu ne m'as pas compris). Une révolution, pour qu'elle change une nation, elle doit avant tout être personnelle (tu vois que  j'étais d'accord avec toi). Moi, je suis du genre de révolution qui n'est pas à frapper les regards. Au départ, ce n'est pas plus gros qu'un grain de moutarde, ensuite ça pousse, pousse jusqu'à ce que cela devienne un grand arbre, qui porte beaucoup de fruits en sa saison, et où les oiseaux du ciel et les animaux des champs viennent chercher refuge. Cela prend du temps c'est vrai, mais un jour au bon moment, au bon endroit, avec les bonnes personnes, tout le monde verra... Il y a quelque chose qui frappe plus que les mots : c'est ce que les gens voient.
7°) J'espère que cette fois-ci, il n'y aura pas d'incompréhension quant à ce que j'ai voulu exprimer. Nous avons des façons de voir les choses très différentes (je t'en ai même dit un petit peu) en beaucoup de points, et c'est normal que ça s'accroche un peu. Mais loin de moi l'idée de te juger ou de vouloir te changer, ni de te prouver que tu as tort et moi raison, et vice versa. Encore une fois, ce n'est pas mon rôle (j'ai fait des maths et de l'informatique pas de la psycho, ni même du social). Chacun fait son expérience, en divers niveaux et à son propre rythme. Ce que l'on considérait comme vérité, ou fondement sûr, hier, est complètement ridicule aujourd'hui, et demain ce sera sûrement autre chose. Mais l'important, ce n'est pas comment on a commencé, mais surtout comment on finit sa vie sur cette Terre...
Voila miss, c'est tout, et surtout ne prends pas ce que je dis hors de son contexte (c'est un gros défaut journalistique). S'il le faut demande-moi des éclaircissements et j'essaierai de t'en donner dans une autre langue s'il le faut. A+, Shaw Lee »
1) Je n'ai jamais pensé que tu cherchais à me cerner. Il ne me semble pas avoir dit cela. Ma remarque de fin de courrier sur, qui je suis et qui sait qui je suis par mes mails, ne t'était pas adressée en particulier. C'était une remarque générale, car j'ai observé dans les mails de certains une certaine propension à la familiarité et au jugement (ce qui n'est absolument pas ton cas), et je ne crois pas que l'on puisse connaître quelqu'un par la voix épistolaire... Je trouve ton attitude à mon égard, au contraire très claire, et ton discours très honnête, et je t'en félicite. Je serais ravie de discuter plus amplement de toutes ces choses de visu à mon retour !
2) Je n'ai pas voulu non plus te donner de leçons... Ca c'est mon coté "moralisateur" que je paye. Mea Culpa. Tout le monde croit toujours que je pense mieux savoir que tout le monde, et que je les juge, mais ce n'est qu'une projection de leur propre fonctionnement sur mon discours, qui est certe virulent, car plein de convictions, mais ce n'est aucunement mon intention !
Effectivement, je n'accepte pas la passivité des argentins qui se plaignent sans cesse de leurs gouvernements corrupteurs, mais ne se révoltent pas. Mais manifester, c'est déjà pas mal... Défiler aux couleurs du péronisme en Argentine, après tous les dégâts qu'ont fait les politiques péronistes depuis 50 ans, j'estime que c'est être carrément aveugle ! Perron, et ses descendants, à travers Menem entre autre, qui revient en force, et dont les suppôts défilent plus dans la rue que ceux qui se disent révolutionnaires (le parti des travailleurs révolutionnaires argentins, petits-fils spirituels du Ché). Je me suis érigée surtout contre la couleur de leurs bannières... Perron et Menem permettent un "paternalisme" démodé, et les gens gobent, et votent. C'est écoeurant !
Nous nous "retrouvons dans le même cas que ces argentins, de choisir par défaut ce qui est le moins mauvais"... Peut être. Mais bon. Cela prouve une chose, que la passivité est universelle...
3) Sur ce point, l'égoïsme, j'ai vraiment été de mauvaise foie en évoquant mon histoire personnelle... Je le regrette, et te demande de bien vouloir m'en excuser. Je suis une "impulsive". Ça, ça n'a pas changé, même si je me tempère petit à petit ! En réalité, je partage complètement ton avis sur l'égoïsme culturel et spirituel, et ils participent de la passivité d'ailleurs...
4) Je suis heureuse que tu apportes cette précision, sur la nécessité d'avoir des rêves. Tu es moins pessimiste que dans ta première réponse. Et du coup je suis d'accord avec toi...
5) Je te remercie pour ce petit court d'éducation civique ;-), mais voilà. Je partage ton avis sur l'état de la démocratie actuelle en France, mais pas ton choix de l'abstention, car malheureusement tous les abstentionnistes se confondent : ceux qui vont à la pêche, et qui n'ont aucune conscience politique, et ceux qui réfléchissent, et ne votent pas en âme et conscience... C'est le grand défaut de notre système collectif. Ceux qui ne sont d'accord avec personne n'ont pas le droit d'expression dans les urnes... Il ne leur reste plus qu'à défiler dans les rues...
A mon sens, ils manquent bien des choses à la République française pour être une démocratie complète. En voici une petite liste de réformes constitutionnelles, juste une ébauche :
- que les votes nuls et blancs soient pris en compte, et qu'ils diminuent les scores des candidats, ces derniers n'obtiendraient plus les majorités nécessaires et seraient disqualifiés...
- que le référendum soit plus souvent utilisé pour solliciter l'avis du peuple (nous sommes un pays riche, nous pouvons nous offrir ce luxe plutôt que de financer la fabrication d'armes...),
- que les hommes politiques soient élus sur des programmes qu'ils sont obligé d'appliquer, comme en Suisse, et on voterait pour des décisions concrètes et non pour des idées floues et corrompues par les intérêts personnels... Mais la France est le pays des philosophes... elle pense et agit peu !
- que les jeunes en droit de vote n'aient pas à aller s'inscrire pour être sur les listes, et que du même coup les listes soient véritablement complètes, n'oubliant aucun des citoyens pécheurs du dimanche qui se foutent bien du devenir de leur pays... Excusez du peu !
6) J'adhère complément à ta vision de la révolution et je crois l'avoir déjà suffisamment développé dans ma réponse pour ne pas y revenir. Les révolutions du quotidien et de l'individu font celles d'une Nation et de son Histoire.
7) Je dirai qu'une chose : idem. Plus jamais de quiprocos entre nous.
Je suis très contente de la tournure des choses, et ne croit pas non plus, que nous soyons complètement opposés. Je me sens plus opposée au pécheur du dimanche qui ne vote pas le 21 avril qu'à toi... ;-) Sur ce, je remercie ceux qui auront suivit jusqu'au bout ce débat de politiciens du dimanche, et j'espère que nous aurons tous les deux su être clairs. A suivre ? Chà !