Mercredi 25 décembre 2002, Mendoza, Argentine.
Merci vraiment à tous pour vos messages qui me font chaud au coeur, car comme le dit si bien Dabla, quand on ne fête pas Noël, on est comme un extra-terrestre fraîchement arrivé de Mars, et la pression est terrible ! Et peut être encore plus ici en Amérique latine où les valeurs de la famille sont restées quasi intactes !
Régis veut que je lui raconte Noël en Argentine, et je dois dire que je ne pourrai pas satisfaire ses désirs, car je ne sais pas, et je ne saurai pas cette année ce que c'est, même si je me doute... J'ai dîné vendredi soir dernier chez Ana à Tucuman, et j'ai pu entrevoir quelques préparatifs culinaires : pain de Noël fourré aux fruits confis, comme en Espagne (el panetòn), mais bon sinon, cela ressemble beaucoup à un Noël sur Terre : arbre de Noël, père Noël, cadeaux à en ruiner les plus riches, et à en endetter les plus pauvres, repas interminables... Sauf qu'ici dans l'hémisphère sud, pour Noël, c'est l'été, mais bon, ça, Noël sur la plage ou au soleil, les gens des tropiques et de l'équateur connaissent. Les Californiens aussi.
Et à ce sujet, je souhaite bon courage à tout ceux qui devront affronter un repas de famille interminable à s'en gaver de victuailles à n'en plus finir. Je dois dire que je suis assez contente de mon déjeuner hyper light au resto ce midi : une bonne "ensalda mixta" (tomate, salade, oignon), et un bon et énorme bifteck de boeuf d'environ 300 grammes. Un régal. Les traditions ça a du bon, mais parfois c'est long à digérer !
Les traditions de Noël n'ont jamais vraiment compté pour moi. Peut être parce que mes parents n'ont jamais essayé de me faire croire au Père Noël. J'ai même peut être contribué à détruire ce mythe dans l'esprit de certains de mes cousins et camarades de l'époque. Je savais ce que représentait cette fête d'un point de vue religieux : mes parents m'avaient tout expliqué. Et pour cause, cela servait même d'activité manuelle, puisque plusieurs années nous avons confectionné des crèches et anges typiques de Noël. Mais cela n'a jamais été la porte ouverte à l'hyper consommation. Et comme me disait Kate récemment, chacun fait ce qu'il veut de Noël. Elle a décoré un arbre dans son appart mais elle n'est pas dupe du dogme de Noël pour autant. J'aime autant que, comme Marianne le faisait quand nous habitions ensemble, la maison soit décorée des guirlandes de Noël toute l'année, plutôt qu'elle ne le soit que quelques jours parce que tout le monde en fait de même. J'aime le coté festif. Mais le coté "moutons de panurge" et "hyper consommation" me rebute.
Et l'esprit de Noël dans tout ça ? A Tucuman, il me manquait 20 centavos de monnaie pour prendre le bus au moment de mon départ de la ville. Je n'avais que des billets, et l'homme-à-tout-faire (super sexi soit dit en passant) de l'hôtel où j'étais, m'a donné 20 centavos en me souhaitant "Joyeux Noël". A moi la gringa, pétée de thunes ! N'est-ce pas merveilleux ? Qui en fait autant ! Il ne s'agit pas de le faire parce que c'est Noël, mais de le faire tout simplement. L'esprit de Noël devrait régner toute l'année !
Moi, pour Noël, j'ai passé neuf heures dans un bus, hier (le 24). De La Rioja (ville immonde où règne le camp du futur-et-ex-président argentin, Carlos Menem...) à Mendoza. Le bus est parti avec une heure de retard, parce qu'il fallait le nettoyer (les gens sont capables de vivre dans leur propre merde pourtant, puisqu'ils la laissent traîner là où ils vivent...), puis il a eu des problèmes d'air conditionnés trop froid... et pour couronner le tout à notre arrivée à Mendoza, le bus a été détourné par deux passagers armés, et bien décidés à nous dépouiller tous de nos richesses, ce qui est visiblement monnaie courante sur ce continent, vu le nombre d'anecdotes qu'on a pu me raconter après qu'un policier, passager lui aussi, ne nous ai "sauvé" la vie en se levant de son siège, et faisant fuir les deux malheureux, qui de toute façon n'auraient pas fait long feu avec mes 37 pesos...
Bref. Plus de peur que de mal. Une femme est tombée dans les pommes, et deux voitures de police nous ont rejoint quelques mètres plus loin. Les bandits ont quand même tiré un coup de feu, mais contrairement à ce que disais mon voisin de gauche, je pense que c'était un "pétard pour enfant" parce que la détonation était vraiment ridicule. Personnellement, je n'ai rien vu. Ni l'arme, ni les bandits. J’étais assise du côté de la fenêtre et dissimulée derrière les sièges. Il a fallu que mon voisin me raconte. J'ai juste vu le policier se lever et courir hors du bus. Et la femme crier, puis s'évanouir. Si cela se trouve, c'était juste deux rigolos, avec un pistolet en plastique, qui voulaient transformer Noël en Halloween, en faisant peur à tout un bus.
Une fois arrivée à Mendoza, veille de Noël, le terminal de bus entièrement fermé et désert. Un gars me dit qu'il n'y a pas de bus pour le centre et que les taxis sont débordés. Je résouds de rejoindre mon auberge de jeunesse à pied. Deux petits kilomètres. Sauf que à mon arrivée une gentille jeune fille, couverte de paillettes, me dit qu'elle est complète, et elle m'en indique une autre à deux kilomètres. Je repars donc à pied, avec mes 20 tonnes de sac à dos (je vais finir par tout jeter dans une poubelle). Et le chemin qu'elle m'a indiqué traverse une rocade pour finir dans un quartier résidentiel. Je doutais qu'il y ait une auberge de jeunesse à cet endroit. Mais je marche.
Et je commence à être fatiguée car il 23h, et que je suis hyper fatiguée des deux jours que j'ai passé à la Rioja (quelle ville immonde !). Je me voyais déjà comme Joseph et Marie, rejetée de tous les refuges, et marchant pour fuir la menace qui pesait sur leur futur bébé. Je fuyais La Rioja et sa culture trop fière du "je-vote-Menem" et je m'en mets plein les poches. Même la radio dans cette ville est une pure propagande pour Menem. Les chaises des bars et des restos votent Menem. Les gens roulent avec du Menem comme carburant. Cette ville pu l'arnaque et les dessous de table. Des slogans Menem tapissent les murs, à en vomir.
Je voyais donc comme Joseph et Marie, à la recherche d'un refuge, et qui plus est la date était de circonstance. Mais non, j'ai fini par trouver cette auberge de jeunesse, au beau milieu d'un quartier résidentiel. J'y ai passé une super nuit de sommeil. Et ce matin, à mon réveil, je suis repartie marcher quelques kilomètres de plus dans la ville, à la recherche d'un cyber café ouvert. Exploit pour un 25 décembre en Argentine.
Mendoza me plait. C'est vide, tout est fermé, c'est Noël. J'espère que Mendoza me plairait toujours demain matin quand les gens auront digérés et décuvés leur réveillon de Noël. C'est une très grande ville, et je dois dire que la perspective des randonnées sur l'Aconcagua m'attire plus que celle rester dans une ville. Mais pour une ville, Mendoza est franchement pas mal. Propre, ordonné, grande, spacieuse. Je crains qu'elle ne soit trop riche et bourgeoise à mon goût mais on verra.
A partir de La Rioja, j'ai pu visiter deux endroits, deux parc naturels magnifiques : la Vallée de la Lune, et le Parc Talampaya. Le nom du premier m'avait fait rêver, le deuxième était un véritable rêve. Ce sont des parcs naturels au milieu du désert argentin dont le principal intérêt est la forme des cailloux énormes... Monument Valley en mieux ! Quoi que je ne suis jamais allée aux Etats-Unis, mais c'est vraiment prodigieux. La Nature fait des choses prodigieuses.
Pour répondre à Virginie, je crains que les photos que je prends lors de ce voyage, et que j'essayerais de publier sur Internet à mon retour ne vous déçoivent tous. Comme j'ai déjà pu le dire dans un précédent message, je ne fais pas de photos touristiques, ni représentatives de ce que je vois, mais que des photos bizarres et abstraites. Le reste, toutes ces merveilles, je les garde pour moi, dans ma tête.
De quoi sont faites les journées d'une baroudeuses (ma réponse à Dabla...) :
Je dois dire que cela dépend. Visite (superficielle) de la ville, de musée (exclusivement ceux qui concernent les cultures précolombiennes...), de ruines, et quand je suis dans la nature, marche, dans les bois, jusqu'à un ruisseau (car il me faut un but). Certaines journées je les passe en bus, ou à en attendre un retardé par des manifestations qui bloquent les routes, ou à chercher un hôtel pas cher dans les plans galères. Il y a toujours quelque chose à faire. Il faut dire que je rencontre beaucoup de gens et que je prends le temps de discuter avec eux, et parfois cela peut me prendre des journées entières, ou des nuits entières. Je passe aussi pas mal de temps sur Internet à répondre à mes mails et écrire les "carlotta en america del sur". Et puis voilà. Parfois je tchatche avec des amis aussi. Je lis aussi. J'échange mes livres contre d'autres avec des voyageurs, et il m'arrive de passer une journée au lit, ou dans un parc à lire. Mais c'est rare. Il faut que le livre en vaille la peine, car je n'aime pas trop lire...
En ce moment, je lis Scott Fitzgerald, "La Fêlure". Des nouvelles écrites dans sa jeunesse et après son succès furtifs des années 30, tous à teneur autobiographique. C'est hyper cynique comme vision du monde, mais il a un regard critique sur lui-même qui me plaît. Comment peut-on à se point se livrer personnellement dans son oeuvre, et se mépriser soi-même. Je crois que j'ai été un peu comme ça, et le lire dans les récits d'un autre m'aide à exorciser définitivement ce genre de comportement autodestructeur.
Dans le chapitre "politico lyrique", je publie ici le dernier message que j'ai reçu de Chawlie. Je tiens d'abord à dire à ce dernier de ne pas se faire de soucis. Je peux constater la misère du monde sans la porter sur mon dos. Enfin, je crois. Je pleure encore quelque fois devant le journal de 20h, mais c'est plus parce que je suis sensible à la rhétorique  bassement violente de la forme télévisuelle que prennent les informations, que parce que je me désespère de la bêtise du monde. Au contraire, j'ai bon espoir. En tout cas depuis que je voyage.
Chawlie écrit donc (et je lui réponds instantanément, au fil de son discours) :
- J'aime beaucoup l'évolution de tes mails. Pourquoi ? Simplement parce que je crois que tu commences à réaliser que peu importe l'endroit où tu vas, tu verras que les gens ne sont pas si heureux qu'on pourrait le penser ou le prétendre…
- Je ne l'ai jamais cru... mais effectivement, c'est pour mieux réaliser la misère du monde que je voyage... et c'est pour mieux réaliser la misère du monde (y compris celle dans laquelle nous vivons...) que nous devrions tous voyager... une fois !
-… et ce ne sont pas quelques chutes d'eau, de plages ou de paysages paradisiaques qui pouront améliorer un tant soit peu leur existence (ça ne te rappelle rien Miss Gwada ?). L'Argentine est l'exemple le plus frappant que tu aies pu rencontrer, mais je suis sûr qu'avec un peu de discernement de ta part, tu auras certainement remarqué une attitude générale chez ceux que tu as rencontré : la vague impression d'avancer vers nulle part, voir carrément qu'ils ont arrêté d'avancer. Il faut qu'ils fassent la révolution tu dis ? Pourquoi pas, mais pour aller où, avec quelles perspectives, quelles ambitions, quel avenir ?
- Ce n'est pas qu'une question d'avenir socio-économique, mais aussi une question personnelle et spirituelle que peut être certains ne se posent pas, ou philosophique, si tu préfères. Laquelle question, je me pose perpétuellement, et me la poser me permet de voyager ! J'accomplie ma propre révolution personnelle en ce moment.
- Attention, je ne dis pas de ne rien faire (c'est la meilleure chose à faire pour que les choses empirent), mais un homme, un peuple, une nation qui n'a pas de vision ne va nulle part.
- Qu'est ce qu'une vision sinon un rêve ? Nous avons tous des rêves... A nous de les réaliser : c'est aussi pour ça que je voyage ! Et la somme des rêves individuels fait les rêves collectifs. Nous appartenons à un Tout unique ! Nous avons des responsabilités à cet égard, me semble-t-il.
- Au point où ils en sont, c'étaient comme s'ils avaient à choisir entre mourir guillotiné ou asphyxié. Ils peuvent bien choisir la guillotine (la révolution pour reprendre tes termes), mais quelle est leur garantie que cela va servir aux générations futures ? Et puis il ne faut pas te leurrer : du Nord au Sud, de l'Est à l'Ouest, ce monde est égoïste (ce n'est pas une mentalité qui n'appartient qu'à l'occident ou autres).
- Oh que oui, le monde est égoïste ! Mais non, pas tant que ça : je ne pourrais pas faire ce voyage si une petite vingtaine de personnes, parents et amis, ne m'avaient pas aidé financièrement à réaliser mon rêve ! Le monde n'est pas si égoïste que ça. Il faut juste gratter un peu. Et je suis sure que certains de ceux qui ne l'ont pas fait auraient bien aimé pouvoir le faire. Et je serais ravie d'aider à mon tour n'importe lequel d'entre vous à réaliser son rêve !
- Il faudrait qu'ils aient la foi d'un kamikaze islamiste pour oser se sacrifier sur l'autel de la liberté (c'est un peu choquant dit comme ça, mais c'est vrai). Enfin, je ne finirai pas sans te rappeler que 90% des révolutions de l'Histoire n'ont pas profité pleinement à ceux qui l'ont faite (j'ai laissé 10% au cas où tu trouverais l'exception qui confirme la règle). Bref, ils ne font rien, ils vont vers une mort lente,  c'est sûr, peux-tu vraiment le leur reprocher ? Et puis tant pis, je réponds à leur place : pourquoi n'as tu ('tu' ici représente ce magnifique peuple français donneur de leçon que tu représente, cela n'a rien à voir avec la position que tu aurais eu à cette période, pour ma part, sache que je ne suis allé voter ni au  1er tour, ni au deuxième) pas fais la révolution en Avril 2002 au lieu de manifester simplement comme moi je suis en train de faire ?
- Oh mais que dis-tu... je suis allée voter, oui, et j'ai peut être MAL voté, mais j'ai fais ce que je croyais être bien, et j'ai aussi beaucoup manifesté, et si j'étais en France, je serais encore dans le rue ! Je crois en la nécessité d'exercer mes droits civiques, parce que je suis une citoyenne française et que je crois en la République et en la Démocratie, même s'il lui manque quelques éléments pour mieux fonctionner, et que les hommes qui nous gouvernent (et qui nous gouvernent parce que trop de gens bien ne votent pas dans ce pays) sont des voleurs et des menteurs qui produisent un "show politique" 365 jours de l'année. Il n'y a pas UNE solution, mais DES solutions, pour exercer notre pouvoir dans une démocratie comme la France : la première est de voter, coûte que coûte, la deuxième est de manifester, de militer pour les valeurs auxquelles on croit, la troisième est d'avoir une éthique personnelle ! C’est à dire d'avoir des actes à la hauteur de sa pensée, et une pensée en accord avec soi même... Si tous les citoyens français avaient une conscience politique comme toi et moi, avril 2002 ne serait jamais arrivé !
- Tu as préféré voter Escroc plutôt que Facho, et tu penses être mieux lotie que moi ? Dis-moi donc qu'est-ce qui a changé dans ce vote sanction anti-Le Pen ? Les pauvres sont encore plus pauvres, les riches sont encore plus riches, même si certains tombent de leur trône, et tout le monde a déjà oublié, reprenant leur petite vie individualiste. Waow !! Quelle révolution !!! Dire que je voulais simplement te souhaiter de bonnes fêtes oups! Je crois que j'ai raté mon coup. En tout cas, j'espère que tu retiendras que ce que je veux te dire c'est que (à peu d'exception près) quel que soit le peuple, la région, l’ethnies (ce que tu veux): la mentalité ambiante c'est ça : Zut alors !! Ils pensaient avoir la solution et finalement ils nous emmènent droit dans le mur!!  Fini les femmes et les enfants d'abord, maintenant c'est moi d'abord, car de toute façon tout le monde va mourir ... (alors je veux quand même vivre le plus longtemps possible).
      - Oui mais pourquoi céder au pessimisme ambiant ? Je suis allée au Brésil, les gens sont pauvres, mais ils sont heureux et ils vont de l'avant... Ils positivent. J'ai rencontré des gens qui n'avaient rien et qui s'estimaient heureux du peu et donnaient tout. Comme Leonardo et sa femme à Barreirhinas qui m'ont accueillis comme leur amie dans leur modeste maison et ont tout fait pour que je me sente chez moi, ou Luzia à Atins,... Et grâce à ça, le Brésil est un pays, en bien des aspects, plus moderne que l'Argentine qui déprime. Ils ont élu le président qu’ils voulaient. Ils ont un taux d’abstention proche de zéro. Et ils innovent dans bien des domaines. Comme par exemple cet ingénieur de la procince de Porto Alegre qui a imaginé un système de distribution de l’électricité moins couteux que le triphasé actuel. Ils font tout pour être à la pointe de l’écologie, de l’économie pour tous. Cela existe.
- Donc miss, en ces jours de fêtes, arrête de te prendre la tête pour un peu de temps profites-en pleinement ( j'en profite pleinement tu va me répliquer, mais saches que je ne te crois pas malgré tout les arguments que tu va me sortir dans ta prochaine impro humano-lyrique ). Cela m'embêterait un peu pour toi que tu reviennes avec toute la misère de l'Amérique du Sud sur ton dos, sachant que ce n'est pas pour cela que tu es partie. J'espère que tu ne m'en voudras pas si certains passages te vexent, quoique cela m'étonnerait de ta part), saches que sincèrement cela n'était pas mon but. Allez Miss Gwada Joyeux Noël et Bonne Année.
- Je crois savoir de quoi tu parles quant tu fais tes allusions. Aurais-tu enfin mis la Guadeloupe à ton agenda ? Il y a des tas de façon de faire la révolution. Et prendre les armes est loin d'être la meilleure. Elle dessert plus qu'elle ne sert. La petite révolution du quotidien, qui petit à petit fait son chemin, est me semble-t-il la meilleure, mais aussi la plus difficile à entreprendre d'un point de vue individuel, et collectif ! Parce qu'elle nécessite endurance, ténacité, motivation constante... et donc beaucoup de foi. Et "Dieu" (!) sait si la foi est une valeur qui se perd. Les gens croient, mais ils ne savent plus pourquoi, et en quoi. Ils croient pour occuper leur temps, soulager leurs peines, éloigner leurs craintes (comme la mort par exemple...). Au lieu de croire en eux même, en leur culture, en la vie. Ils sous-vivent, au lieu de construire leurs rêves, et restent là, frustrés à regarder les riches se gaver de tous ces luxes inutiles. On se trompe bien trop souvent de valeurs !
Et pourquoi s'en remettre aux gouvernements pour régler nos problèmes ? Il y a bien des actions à mener à notre échelle. Et malheureusement la politique, c'est comme les frites Mac Cain : "Ceux qui en parlent le plus en mangent le moins". La politique n'est pas chasse gardée, ce n'est pas une science inaccessible réservée aux énarques de bonne famille "voleurs et menteurs", "tous corrompus" comme disent les argentins à longueur de journée. La politique se joue au quotidien. En tant que citoyen d'une république lambda, en tant que consommateur d'un marché X (mais bien connu... où vont tes sous ?). La politique c'est aussi ETRE ami, frère, fils, mari, père de famille. Tout se joue là ! Et eux là haut, ils peuvent bien continuer leur show, et se jouer de nous, si nous les ignorons et faisons chacun ce que bon nous semble, plutôt que de nier que nous avons des rêves et un avenir, ils se lasseront bien avant nous, si seulement nous ne leur accordions pas tant d'intérêt !
Malheureusement il n'y a que les kamikazes islamistes, qui, désespérés de ne pouvoir se faire entendre, en viennent à des solutions extrêmes, qui ont droit de citer aux informations de 20h. On ne parle jamais des expériences positives associatives, culturelles, politiques, ou même des coopératives commerciales qui défendent les produits quasi artisanaux. J'ai des tonnes d'exemple d'espoir à citer ! Et au lieu de ça, des gens comme toi Chawlie, qui ont tous les éléments pour comprendre, et qui comprennent la marche du monde, attendent... Mais quoi ? Que le ciel nous tombe sur le Tête ?
La "française donneuse de leçon que je suis" ne s'arrêtera pas parce qu'elle a été démasquée par le Chawlie, dont la démonstration revient à peu prés au même, donner des leçons (mais tu es français toi aussi : ceci explique cela !). Je parle de l'Argentine parce que j'y suis. Mais ces problèmes sont universels. Et tant que les gens conscients resteront passifs, effectivement, nous sommes des peuples sans avenirs.
Nos devoirs de Terrien sont pourtant simples : 1- Ecouter nos rêves, et les réaliser, 2- Avoir conscience de nos responsabilités collectives (ce qui se traduit par "voter et consommer intelligemment" dans le cadre d'une République démocratique comme la France), 3- Ne jamais cesser de "croire" en la Vie.
Je pense que craindre la mort est un frein à la réalisation de nos rêves et à la Vie tout court. Or la mort n'est que l'étape naturelle qui conclue la vie. C'est triste, mais bien des choses sont tristes dans la vie. Il ne faut pas la nier : il faut l'intégrer comme faisant partie du système biologique auquel nous appartenons.
Par exemple. Je crois que je n'ai jamais eu peur de la mort, de la mienne et de celle des autres, au point qu'elle puisse m'affecter, parce que je crois en la double "furtivité et éternité du sentiment de bonheur et/ou d'amour". Je m'explique. Je crois qu'on peut faire d'un instant de bonheur, sa vision du monde, et se sentir heureux aussi longtemps qu'on arrive à garder la sensation vive en soi.
Et je crois aussi qu'on peut aimer quelqu'un dont on est séparé, par la mort ou par l'éloignement, et ne jamais souffrir de son absence, par la simple force de l'esprit : vivre avec le souvenir d'amour qu'on a eu avec cette personne nous permet non seulement de ne jamais la détester, mais en plus de garder le meilleur d'elle avec nous, au delà des séparations insurmontables. Pour cette raison je ne souffre pas d'être séparée des gens que j'aime. Et pour cette raison j'ai su, pardonner à ceux qui m'ont fait du mal. Ma seule exigence est d'arriver à comprendre l'autre. Et ça, ça n'est pas toujours possible.
Trois fois dans ma vie déjà j'ai cru mourir. J'ai eu peur de mourir : d'être physiquement inapte de continuer à vivre et de ne pas pouvoir continuer à réaliser mes rêves. Mais je n'ai pas eu peur d'être morte, et du reste (qui fait si bien marcher les religions). Parce que trois fois, j'ai failli mourir, mais sans regrets, sans remords. Ce pourrait être une quatrième règle de Vie : toujours être prêt à mourir sans regrets. Mais je vais arrêter là. Vous allez frôler l'overdose si ça continue.
Je remercie ceux qui me lisent et aussi ceux qui m'écrivent... Que nul ne pense savoir qui je suis juste parce qu'il m'a lu. Je ne me le permettrais jamais à votre égard. Et c'est l'impression que j'ai à la lecture des mails de certains. Ne jamais oublier qu'on ne sait jamais rien de manière absolue, encore moins des autres. Je partage avec vous mes impressions sur ce voyage et sur la vie. Mes longues tirades, sont je le sais, un peu trop moralisatrices, mais loin de moi l'envie de vous convaincre de quoi que ce soit. Mon geste,  mes mots sont fraternels... Alors continuez de croire et réalisez vos rêves !