Vendredi 13 décembre 2002, Salta (encore), Argentine.
Tout d'abord je rectifie : mon précédent email était du jeudi 12 décembre et non pas du mardi 10 décembre. Je l'ai en effet commencé lundi 9 décembre, puis je suis partie dans la brousse, et je suis revenue à Salta.
Que ceux que ce débat sur la Guadeloupe n'intéressent pas s'épargne les dizaines de kilo octets de texte suivant. Il ne s'agit que de ça ! Je publie ici les réponses de deux "lecteurs" qui ont souhaité réagir. J'aimerai que dans ce débat on ne reste pas entre personnes concernées plus ou moins directement. C'est la chose la plus triste à mon avis dans ce problème : l'indifférence du reste de la France à l'égard de cette situation, comme si nous, les Antillais, nous ne faisions pas partie de la France. Et pourtant de la matière grise prête à changer le monde, il y a en France, dans tous les départements, D'Outre-Mer, ou non.
David, sur l'économie :
« J'aimerais revenir (sans vouloir te saouler) sur le mal être ? Mal de vivre? Mal ??? De la Guadeloupe et sur son économie. Déjà, je suis assez d'accord sur pas mal de choses comme sur la pêche, tourisme, etc... Seulement, je pense que le mal est encore plus profond et englobe plus de chose. Et ce mal n'est plus propre à la Guadeloupe, mais au monde, tout simplement. Le modèle économique, on le sait déjà, n'est pas bon. Et la deuxième chose, c'est que rien n'est fait pour en sortir. Je sais pas trop par où commencer tant il y a de choses à dire, mais je vais essayer de faire simple pour décoder la matrice…
Pourquoi on ne retourne pas en Gwada pour ouvrir des entreprises ? Faut-il reproduire en plus petit ce qui existe en plus grand ? Même si c’est dans l’ordre des choses physiques ou biologiques, je ne crois pas qu’il serait avantageux pour l’ensemble, que ce soit le cas en économie. Surtout aujourd’hui, avec un tel modèle (injuste et égoïste). Je pense plutôt qu’il faille remonter du plus petit au plus grand. Tu comprendras par la suite. Tu me connais : je perds du temps pour en gagner ensuite…
Tu parles de consommer local… Consommer quoi de local ? Nourriture ? Je crois qu’on est de bon consommateur en ce qui concerne les produits agricoles… - Au fait, tu savais qu’on n’avait pas le droit d’avoir de cépage en Gwada ? Il parait qu’il concurrencerait celui de la France métropolitaine.
Je crois que les produits nés d’un certain artisanat (pêche et agriculture) ne souffrent pas trop de ségrégation (même s’il existe une concurrence des îles anglaises d’a coté, au moins pour l’agriculture). Par contre, et c’est vrai, les produits qui sont issus d’une certaine industrialisation ont plus du mal à percer. Pourquoi ? Parce qu’on à tendance à reproduire ce qui existe déjà à l’import. Et ces produits issus de l’import qui bénéficient d’une meilleure image sont (en plus) moins chers !
Dans ce cas, le local a des soucis à se faire. A qui la faute ? Les charges sont elles trop lourdes ? Les aides insuffisantes ? Pas assez d’image de marque ? Les trois, mon général, mais je pense en fait, que les produits qui reproduisent ce qui existe déjà n’ont pas lieu d’être. Ou du moins, pour éviter de te lever trop vie de ta chaise, qu’il vaudrait mieux accentuer une production endémique à notre île et viser l’export à long terme.
Mais là encore, c’est pas franchement ce que je préconise, car on ne sort pas du contexte économique qui fait que se sont les grandes marques qui s’imposent. Je sens que ça devient lourd. Alors je vais te donner un exemple tout con et assez révélateur. Quand tu as un début de grippe, genre maux de gorge etc.... Tu vas chez ton médecin, il te prescrit du Fervex. Well… ça marche. Si tu savais que le Fervex n’est autre qu’un CRS tu ferais une drôle de tête. (CRS= citron, rhum, sucre… un punch quoi). Ils ont juste baissé un peu sur l’alcool et déshydrater le tout. Alors quand on vit dans un tel contexte, ou tout te pousse à l’externalisation de ta consommation comment veux tu que l’on progresse sur ce terrain ?
L’artisanat à son mot à dire dans une économie locale, mais on ne fait rien pour le développer et le modèle préconisé nous en éloigne constamment. Dès petit, on ("on", c’est l’Education Nationale) te forme pour servir les capitaux étranger. On ("on", c’est les médias et la publicité dénigre ce qui n’est pas industriel ou moderne. On marche dans un « système » qui empêche la valorisation d’un certain secteur d’activité, car c’est notre mode vie même qui serait remis en question, sans compter l’échelle des valeur Pour remonter du plus petit au plus grand. (Ouf! on y arrive) M’enfin. »
Je me permets de censurer la fin de l'email, sur les drogues. Je n'ai pas envie d'ouvrir le débat sur cette question, et c'est un peu "hors-sujet".
Toutefois, je dois dire que ton exemple du "Fervex" est à peu de chose près ce que je voulais dire sur "consommer local", sans faire l'apologie du rhum (l'alcool est une drogue dure à mon avis : le débat est ouvert), sans prôner non plus un retour absolu aux remèdes de grand-mères qui ferait de moi une "réactionnaire" (ce que je ne pense pas être). Soit dit en passant : quand j'ai une grippe je m'achète un pot de miel, si je n'en ai pas un "made in Gwadloup" que ma maman m'a envoyé par la poste, ou un bon citron vert, et je me fais une infusion. Mais j'ai la chance d'avoir un organisme hyper résistant, et j'ai rarement besoin de remèdes. Simplement, faire appel au plantes locales avant les produits synthétisés industriels, dont l'effet est presque placebo (ça marche parce qu'on y "croit" est un début de démarche militante. Au passage, je signale, que certains d'entre nous ont à ce sujet choisi une voie de formation utile dans ce domaine : Marie-Anna, une amie guadeloupéenne, est en doctorat, et découpe des plantes tropicales en molécule, pour nous en faire des médicaments. Alors si ce type d'industrie s'installe en Guadeloupe, cela promet pour le futur. A condition que les capitaux extérieurs ne nous piquent pas l'idée pour s'enrichir sur notre dos, venant juste récolter chez nous la matière première.
L'artisanat a son mot à dire dans l'économie locale, mais comment pourrait-il fonctionner sans le tourisme ? Ou sans des coopératives d'exportations vers la Caraïbe, ou même plus loin ? Et puis encore faudrait-il que la jeunesse imbibée de télé, et les autres aussi d'ailleurs, acceptent de renoncer aux Nikes, et autres multinationales du "paraître". En attendant les artisans galèrent... Et je m'arrête à Nike dans ma liste, car ne faisant pas partie de cette religion du "paraître", je ne sais plus ce qui est à la mode, et peut être même que Nike est complètement "has been", à cause des petits enfants qu'ils font travailler.
Quand je parle de développer des industries locales, je pense à des semi-industries, des industries légères, basées sur des ressources locales, s'appuyant pourquoi pas sur des méthodes artisanales... J'ai pas dit qu'il fallait que la Guadeloupe réinvente Microsoft, France Telecom (qui je m'en rends compte est implanté dans bien des pays du monde), Rhône Poulenc, Shlumberger, et j'en passe. Mais tout simplement développer nos savoir­- faire, qu'ils soient traditionnels, ou non. Et puis, par exemple, pourquoi ne pas développer plus les énergies nouvelles sur nos îles ? Elles le sont déjà plus que dans la plupart des régions de France, certes. Pourquoi ne pas développer une industrie pharmaceutique ? Est-ce qu'il faut que je vous fasse la liste intégrale des idées que j'ai pour que vous compreniez que mon point de vue est loin d'être extrémiste et irréalisable ? J'aimerais tant qu'avoir des idées et les vendre soit un métier. Je serais riche ! (Je fais des prix pour les amis et pour les guadeloupéens)
Intégrer véritablement l'enseignement de l'histoire de notre île aux programmes de l'éducation nationale, est un début d'ouverture sur notre propre culture et sur le monde. Merci Mme TAUBIRA-DELANNON. Je vous renvoie au site de l'Assemblée Nationale sur sa proposition de loi, votée sans grand bruit récemment :
http://www.legifrance.gouv.fr/texteconsolide/PPEDY.htm (le J.O. qui publie la dite loi),
http://www.outremer44.org/loi.htm (la loi commentée),
http://www.assemblee-nat.fr/propositions/pion1297.asp (la proposition de départ).
Quand au modèle économique, je pense qu’à défaut de pouvoir organiser une révolution mondiale, à défaut de pouvoir posséder les capitaux les plus importants du monde et donc décider de ce qu'on en fait et comment, à défaut de siéger à l'ONU, l'OMC, au FMI, ou même au G-7... à défaut de pouvoir le changer, ce système économique, on peut en jouer, le détourner, en comprendre les règles pour mieux s'en accommoder. L'Homme a des ressources inépuisables pour arnaquer le système et faire du profit, pourquoi n'a-t-il plus aucune imagination quand il s'agit de sauver sa peau ? Tout de suite, il panique et il reste là, paralysé en attendant "superman"... Superman n'existe pas ! Ou plutôt non. Nous sommes tous "superman" !
OUI, nous sommes formatés. Et OUI, il ne tient qu'à nous de nous libérer de ce formatage !
Mais encore une fois, il ne faut faire que ce dont on a envie, suivre ses désirs, réaliser ses rêves et faire ses propres choix, en essayent d'échapper à ce formatage. Ce serait déjà un bon début.
Claude Dabla, sur l'identité :
« [...] N'étant pas guadeloupéenne, votre débat sur la Guadeloupe m'intéresse car nous aussi (les africains, d'Afrique subsaharienne), nous avons le même débat. Pourquoi nous ne retournons pas au pays pour y construire des routes des écoles, y mettre  une économie en place etc. Et puis c'est rigolo, car entre antillais et africains, il y a des différences, mais il y a plein de points en commun (comme cette jalousie et ces familles monoparentale), qui si je peux me permettre de faire cette comparaison, sont bien mieux vécues en Côte d'ivoire qu'en Gwada. J'ai bien peur de te choquer mais je ne vois pas de différence entre un colonisateur qui va imposer sa culture et un exilé qui rentre au pays qui va imposé aussi sa culture.
C'est vrai qu'on a conscience des maux de nos pays que ça nous fait mal (comme dit Alpha Blondy, "ça me fait si mal, si mal, ça me fait beaucoup pleurer, ça me fait si mal, si mal, l'Afrique doit se réveiller ". Cependant la solution ne peut venir de l'extérieur même avec la plus grande volonté du monde.
Pour moi, un exilé quand bien même a-t-il des liens avec son pays reste quand même un étranger pour son pays, il  s'est imbibé de notions nouvelles, d'une nouvelles culture qui le veuillent ou non,  et sa mentalité change. Un ivoirien de France et un ivoirien de Cote d'Ivoire, c'est la nuit et le jour, même si on passe par un crépuscule.
Alors ce blabla pour dire quoi ? Laissez nous le temps, on ne veut pas d’argent, pas d’école, pas de route, pas de matière grise "made in occident",  mais simplement du temps, du temps pour savoir où est notre place dans ce monde, pour savoir réellement qui on n'est, pour se constituer, comme un enfantà qui l'on donne du temps pour devenir adulte. Est-ce que l'on est ivoirien parce qu'un colon a décidé d'unir des peuples et des ethnies différentes dans un seul et même pays, qu'il considère d'ailleurs comme son territoire ? Non! On est  ivoirien parce qu'on a conscience de soi, et des autres qui sont différent, parce qu'on a une histoire en commun (et je parle de véritable histoire, qui passe par des points qui font mal, tel que la guerre, pour avoir conscience d'être différent des autres).
Je parle de la Cote d'Ivoire car je ne peux me permettre de parler de la Gwada que je connais peu, mais c'est un pays jeune tout comme la Cote d'Ivoire, en crise d'identité tout comme la Côte d’Ivoire...
Alors aux grands maux, les grands remèdes. Moi je suis ici, en France,  je fais mon trou, j'essaye d'avoir une bonne position sociale pour moi, et mes futurs enfants qui eux aussi auront un bonne position sociale, et une éducation solide. Ils sauront d'où il viennent et où il vont. Et le jour où la Cote d'Ivoire sera prête, mes enfants et arrière- petit enfant sauront ce qu’ils auront à faire. Ils pourront s'ils veulent, n'acheter qu'ivoirien, s'ils en ont les moyens, de faire de la préférence "liennatique" (c’est plus que la préférence nationale).
Pour la Gwada, franchement, mon avis, c'est identique que pour la Cote d'Ivoire, il  faut du TEMPS. C'est pas parce que l'Occident va à toute à l'allure qu'il faut les suivre. "Waf ! Waf ! Waf !" Comme le chien. On a trop fait : on cours pour suivre, mais on ne sait même plus pourquoi on court. Mais si on veut, on peut continuer à courir, construire des écoles, des routes, des télés, ramener de la matière grise, etc... »
Et là je sens revenir l'éternel débat identitaire "Afrique vs Antilles",  et je te remercie mille fois d'avoir mis en valeur les ressemblances plutôt que les différences.
A ton message je dirais, oui MAIS non. Je suis bien placée pour dire que naître quelque part n'aide pas nécessairement à se sentir de cet endroit. On peut naître exilé dans son propre pays si la culture personnelle qu'on a diffère trop de celle des autres. Quand je suis rentrée à l'école publique en CM2 (parce qu'avant ma mère assurait mon instruction à domicile), dans une petite école primaire de la commune du Lamentin en Guadeloupe, j'étais persuadée d'être une "guadeloupéenne normale", et les autres se sont bien vite chargé de me faire remarquer, parfois brutalement, que j'étais différente : j'étais le diable en personne parce que je n'étais pas baptisée, j'étais une blanche parce que je n'étais pas tout à fait noire. Les premières semaines je me suis faite bousculée par un groupe de "jaloux" sur le chemin du retour à la maison, et les plus sympas m'ont fait comprendre que cela les ennuyait vraiment que je détrône la première de la classe jusqu'alors (elle, par ailleurs à été ma copine sans problème, plus ou moins...). Les filles se sont chargées également de me signaler que je n'étais pas normale, parce que je jouais plus au foot qu’à l'élastique. Peut être se sentaient-elle menacées, pensant que c'était une nouvelle "technique de drague", parce que certaines, bien plus âgées que moi, en était déjà à ce genre de préoccupation, et particulièrement celle qui a voulu se battre avec moi une fois, de deux têtes plus grandes que moi. Sans compter qu'à mon entrée en CM2 j'avais 9 ans (au lieu de 10), que je portais les vêtements que m'avais cousus ma maman, et que mes parents avaient une vielle Peugeot 104 verte qui a été toute une année la risée de l'école... Comme diraient David, et Gaston Lagaffe : "m'enfin !". Je vous rassure. A la fin de l'année, en l'absence du maître, Monsieur Ferdinand, on est tous monté sur les tables et on a chanté le tube à la mode " quand t'es venu dans la rue, inconnue, tu savais pas où t'allais, mais tu savais qu'au premier, il y'avait une fille, que tout le monde appelait... Ta na na na naaaaaa..."
Et malgré tout, je dirais à la défense de Maxime Leforstier : "On choisit pas ses parents, on choisit pas sa famille, On choisit pas non plus les trottoirs de Manille, De Paris ou d'Alger, Pour apprendre à marcher, Etre né quelque part, Etre né quelque part, Pour celui qui est né, C'est toujours un hasard, Y a des oiseaux de basse cour et des oiseaux de passage, Ils savent où sont leur nids, Quand ils rentrent de voyage, Ou qu'ils restent chez eux, Ils savent où sont leurs œufs, Etre né quelque part, Etre né quelque part C'est partir quand on veut, Revenir quand on part, Est-ce que les gens naissent, Egaux en droits, A l'endroit, Où ils naissent, Que les gens naissent, Pareils ou pas..."
Oh Saint maxime ! Que ferions nous sans toi. Pour ma part je suis née quelque part, et je ne dois qu'à moi même, et peut être un peu aussi à mes parents, dont la conscience politique m'a aidé à faire la part des choses, de me sentir "de" cet endroit. Ne l'ayant pas parlé au berceau, je ne vous raconte pas comment on a pu se moquer de moi quand je parlais créole, et peut être même qu'encore aujourd'hui, quand je le parle certains rigolent intérieurement.
Alors à plus forte raison, celui qui arrive quelque part, qu'il y soit né ou pas, s'il aime la culture du pays où il vit, s'il aime le pays, s'il aime les gens, s'il s'y sent bien, s'il s'y sent lui-même, je ne vois pas pourquoi il écoperait d'un statut d'exilé. Ma mère est née dans le Lot-et-Garonne, d'une famille de la Dordogne. Elle vit depuis presque 30 ans en Guadeloupe, c'est à dire qu'elle a plus vécu en Guadeloupe qu'ailleurs. Elle est travailleur social (éducatrice spécialisée) et parle couramment créole. Est-ce qu'elle n'est pas devenue guadeloupéenne ? Ma soeur après huit ans "d'exil", d'études et de travail en France, revient s'installer comme luthier en Guadeloupe. Est-ce qu'elle n'est plus guadeloupéenne ? Elle s'installe avec son mari, né dans les Vosges : il y travaille, apprends déjà le créole, et il colle tellement bien au paysage qu'on lui demande s'il est métissé. Est-ce qu'il n'est pas déjà guadeloupéen ?
Comme je le disais récemment à mon petit frère, de plus d'un mètre quatre-vingt, et de 20 ans, qui commence ses études à Bordeaux (en sociologie, voilà une discipline avec des débouchés, et qui plus est peut être utile à notre île...), l'intégration n'existe pas. Elle ne se gagne pas, elle se décide. Et ce n'est pas aux autres de décider pour nous. Et comme je le disais dans un de mes précédents mails, nous avons chacun notre culture personnelle, et la culture collective n'existe qu'à partir du moment où il y a des dominantes communes fortes et identificatrices : comme tu le dis, il y a l'histoire, et ses points qui font mal, mais aussi les lois, les institutions, les comportements sociaux, la cuisine, la culture au sens réduit (les arts traditionnels et contemporains de cette société), ses us et coutumes... La question de l'identité est loin d'être simple en Guadeloupe. Et elle est bien différente en Côte d'Ivoire qui est d'ors et déjà un état constitué.
Jamais je ne serais une exilée en Guadeloupe, et jamais je ne serais une exilée en France, si je n'en décide pas. Moi, j'ai choisi d'appartenir à la Guadeloupe (et soit dit en passant ce n'est pas un pays au même titre que la Côte d'Ivoire, c'est peut être un pays au sens culturel, mais pas au sens géopolitique). Et je suis française. Qui va oser s'y opposer ! Jean-Marie LEPEN ne voudra peut être pas que je sois française, quoi que si je vote pour lui, il m'intègrera à son discours d'une façon ou d'une autre... Mais le problème du "retour au pays natal" tel que l'a si joliment décliné Aimé CESAIRE n'en est un que pour celui qui s'en fait un ! OUI, quand on revient on est différent, mais NON, on en est pas moins "d'où on est né". Et en ceci tous les êtres d'une nation se doivent de vivre ensemble, se doivent de se tolérer les uns les autres, dans toutes leurs différences... Et ce m'est pas coloniser son propre pays que d'y revenir et de s'y intégrer (par la décision, et non pas par un quelconque mécanisme magique encore jamais expliqué par les chantres de l'intégration...).
D'ailleurs (et je risque de choquer certains en disant cela, mais je le pense sincèrement), il me semble que le problème de la colonisation, ce n'est pas le choc des cultures... C'est la violence et les actes de barbarie qui en découlent. Car si le retour d'un exilé au pays est une forme de colonisation, tout est colonisation, et j'arrête de vous imposer ma culture en vous envoyant des emails toutes les semaines. Il ne faut pas confondre évolution, et enrichissement culturel, et colonisation. Le côté positif de la colonisation c'est l'enrichissement culturel ! Le côté négatif, c'est les maladies, les guerres, l'esclavage, la soumission physique, économique, la fin des libertés,... Et la décolonisation a l'air d'être une chose positive comme ça, mais elle a bien des aspects négatifs suivant la façon dont elle se réalise. Je suis sure que tous les métis directs de la planète me comprennent...
Je n'ai jamais été plus guadeloupéenne qu'en France. Considérer l'autre comme un étranger est-il plus naturel chez l'Homme que de le considérer comme un frère ? La devise de la France est "Liberté, Egalité, Fraternité". Moi, je lutte pour la fraternité avant tout. Et on en est loin. Car il y a comme une sorte de complémentarité, et en même temps de gradation entre ces trois mots. La liberté est la première des choses. L'égalité vient ensuite. Mais quand on a la fraternité, on a tout !
Il n'y a pas un pays de la planète qui ait une culture "pure". Cela n'existe pas. Tous ne sont que métissage. Et la France en tête. Le temps fait qu'on oublie, mais la culture française s'est constituée à force d'invasions, d'immigrations, de mariages politiques. Le territoire lui même s'est ainsi constitué. Et sans les Francs et un certain Clovis (qui, soit dit en passant, était un étranger finalement), les royaumes du territoire n'auraient pas connu d'unité. Pour cela, la France est aussi une mosaïque de particularité régionale. Il faut apprendre à vivre avec. Et ce ne sont pas quelques étrangers de plus, qui ne le seront plus dans quelques générations, qu'on va faire un scandale.
Et bien c'est pareil en Guadeloupe et en Côte d'Ivoire. Il faut vivre avec. Apprendre à accepter l'autre, s'ouvrir à lui, partager avec lui sa propre culture personnelle (ce que nous faisons tout le temps en situation de communication), et la sienne de culture envahira tout notre être naturellement, si nous savons l'aimer tel qu'il est.
J'ai l'impression de prêcher. Mais que ceux qui pensent sans le dire que je cherche à imposer quoi que ce soit se disent bien que tout ceci se passe dans leur tête. On ne perçoit les choses que tel qu'on a décidé de les percevoir. La difficulté c'est d'être réaliste.
Concernant le temps, je crois que c'est un problème inexistant. L'occident va trop vite ? Là encore c'est une question de point de vue. Il va trop vite dans quel sens ? Chacun doit choisir sa propre direction. Pourquoi suivre l'occident ? Et pourquoi accepter qu'il nous impose son rythme ? Parce que c'est ce qui se passe. La Côte d'Ivoire ne veut peut être pas de ses écoles etc... Mais elle consomme à la vitesse grand V ses produits, comme partout ailleurs sur la planète.
Je suis bien d'accord avec toi, Dabla : cessons de courir après le temps. Oublions cette histoire de temps, et faisons les choses tout simplement. L'occident chercherait à mettre la pression aux pays en voie de développement ? Jolie hyperbole politiquement correcte qu'on trouvé les économistes. Si le reste du monde refuse, l'occident n'aura plus qu'à se parler à lui-même. Si nous le décidons, le temps peut n'avoir aucune emprise sur nous. Et ceci est valable à l'échelle personnelle comme à l'échelle sociale, culturelle, économique. Si la Guadeloupe décide de s'investir dans son propre avenir, ce ne sont pas les "méchants" occidentaux qui vont l'en empêcher. S'ils ne veulent pas aider, on se passera d'eux. Ce sera plus difficile, et cela nous déchirera le coeur qu'ils nous laissent tomber, mais on fera sans eux. Il s'agit de faire ses choix et en conscience... "Pour construire notre avenir". Je fais cette dernière citation, en clin d'œil, pour ceux qui s'en rappellent, à la campagne de promotion des produits locaux en Guadeloupe il y a quelques années... presque 15 ans... mon dieu que je suis vieille !!!
Bon, comme dirait David (encore), je vais arrêter de vous "saouler" avec tout ça... M'enfin ! S'il faut, et si vous êtes encore quelques uns à réagir, on en reparlera. Mais peut-être que je ne répondrai pas. Y arriverais-je ? Ne pas savoir me taire est le pire de mes défauts, résolument. Je ne voudrai pas donner l'impression d'avoir à redire sur tout. Et je ne peux pas non plus gérer un forum à temps plein. Aussi on verra. Il faut que je retourne sur la route, pour de nouvelles aventures. A suivre… ¡ Chà !