Lundi 21 octobre 2002, Saõ Luis, Brésil.
Je commence à m'habituer au clavier QWERTY, mais je suis une nouvelle fois désolée pour la très défaillante dactylographie de ce message. Je commence à m'habituer aussi au portugais... Il faut dire que ce n'est pas très compliqué quand on parle espagnol et français. Cela y ressemble beaucoup sans en être et à mon vieil âge, j'ai tendance à tout mélanger dans ma petite tête, inapte à l'apprentissage des langues...
Saô Luis est une très belle ville, construite par les Français au 16ème siècle, et perdue au profit des portugais sous Louis XIII. Mais il ne reste de cette époque là que de veilles bâtisses. J'y suis arrivée samedi matin. Je loge dans une très jolie auberge de jeunesse dans l'ancien quartier, celui qui date de l'époque française, et je pense partir demain ou mercredi vers les dunes de Barreirinhas et le delta d'un fleuve tout proche dont je n'ai plus le nom en tête.
A Macapa et Belem c'était l'Amazonie : il y avait beaucoup d'indiens. Ici il y a beaucoup plus de diversité ethnique. Et Saõ Luis est censé être le fief du reggae au Brésil. Je dis bien "censé" car en dehors de quelques blacks qui vendent de la marijuana dans des rues isolées en écoutant du reggae, je n'en ai pas beaucoup entendu...
Par contre ce week-end, ici, c'était "Marafolia'', le carnaval hors saison de la région. Une véritable folie... et je suis sure que Rio est mieux...  ou pire... je ne sais que dire... Petite devinette : qu'est-ce qui fais marcher le carnaval au Brésil, je vous le donne en mille ??? Non, ce n'est pas la samba ! Oui, la samba est là, mais elle est le prétexte... Le carburant du carnaval de "Marafolia" c'est l'alcool... L'alcool et la jeunesse. Je suis allée au carnaval sur la plage samedi soir avec une anglaise, Catherine, que j'ai rencontré à l'auberge de jeunesse et qui en est à son deuxième périple au Brésil. C'est incroyable. Je n'ai jamais vu autant de monde : une véritable fourmilière, mais qui fait la fête comme des cigales ! Un défilé de camions hyper sponsorisés et hyper équipés pour balancer un maximum de décibels. Des basses à en faire bouger les plus inertes, ou les plus complexés de la samba. Autour de chaque camion, à l'intérieur d'un périmètre de sécurité constitué de cordes, et d'hommes et de femmes qui la tiennent, des centaines de jeunes, habillés aux couleurs des sponsors et du camion, dansent à la limite de la transe, l'alcool aidant. Sur le camion, un groupe de musique joue sur le toît d'un container rempli d'enceintes hyper puissantes. Le camion est aussi équipé de lumières et de spots de boîte de nuit. Ils défilent sur la route du bord de mer tout doucement, et sur les bords de la route, tout les autres dansent, boivent et regardent. La route est longée de  cabanes qui vendent les cocktails les plus colorés et les plus fous.
Et parmi tous, des enfants mal habillés, pieds nus, armés de sacs de jutes, sont aux aguets des moindres canettes de bières que laissent tomber les "cigales", pour quelques réals de récompense... La province de Marenhense dont Saõ Luis est la capitale est l'une des plus pauvres, et des moins alphabétisées.
Dimanche il m'est arrivé quelque chose d'incroyable et qui m'a très fortement émue. Mais je vous le raconterai la prochaine fois...
A très bientôt. Sur la route... Chà !